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Dans le ventre du dragon

L’éloge de la lenteur, selon Maxime Giroux

Jean-Nic Labrie
10 février 2009

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Alors, êtes-vous allé aux vues en fin de semaine ?

Le brouhaha médiatique autour de Polytechnique a inévitablement jeté de l’ombre sur les autres sorties du week-end. Pourtant, l’un des meilleurs films québécois des dernières années a pris l’affiche en même temps que le film de Denis Villeneuve.

Demain, c’est le titre du film en question. Maxime Giroux, prolifique réalisateur de courts-métrages primés un peu partout dans le monde, en est le réalisateur, de même que le co-scénariste, l’autre étant le romancier Alexandre Laferrière.

Personnage bien en vue dans le domaine de la pub et du vidéo-clip au Québec (il se cache entres autres derrière Compter les corps des Vulgaires Machins, sans compter son travail avec Corneille et Martha Wainwright), Giroux est une vraie tête de cinéma, un cinéphile averti aux idées bien arrêtées. Et son premier long-métrage, produit par la boîte NùFilms, laisse voir un talent certain.

Lent, aride, et de facture relativement sobre, Demain raconte l’histoire de Sophie, une jeune femme solitaire à l’existence banale. Jeune professionnelle habitant la banlieue, elle passe son temps entre Richard, son père alcoolo et diabétique, et Jérôme, un être taciturne, stagnant et apathique, avec qui elle vit une relation amoureuse à sens unique. La jeune femme se laissera emporter dans une série de va-et-vient sans véritable issu, entre cette petite frappe de banlieue distant auquel elle s’attache, et son père, qui se laisse lentement glisser vers une agonie vécue sans urgence, malgré les efforts qu’elle déploie pour le convaincre de se laisser soigner.

«J’ai donné une entrevue à la radio récemment, et on m’a demandé pourquoi cette nouvelle vague de réalisateurs québécois à laquelle je suis associé, avec Denis Côté, Stéphane Lafleur, Yves-Christian Fournier et Rafaël Ouellet, on faisait tous des films lents, sombres, peu bavards, lourds…À mon avis, ça veut dire quelque chose, ça veut peut-être dire que notre société va mal !», raconte le volubile Giroux, joint au téléphone la semaine dernière.

Assumé, mûri et d’une belle justesse dans le ton, ce portrait épuré d’une génération en voie d’en remplacer une autre est pour le moins remarquable. Banalité du quotidien, déresponsabilisation, désillusion, le film prend le temps de construire plusieurs tableaux à forte connotation de gris, plongeant ses personnages dans un climat figé, amorphe, sans réelle chaleur. Emprisonné, le spectateur bascule lui aussi dans cette réalité trouble, duquel il est loin de sortir indemne.

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En plus d’une performance irréprochable de la comédienne Eugénie Beaudry dans le rôle principal, notons la belle présence de Guillaume Beauregard, leader des Vulgaires Machins, très à l’aise dans le rôle de l’amoureux flegmatique, son premier rôle au grand écran.

À voir sans fautes.

DEMAIN
Un film de Maxime Giroux
Avec Eugénie Beaudry, Guillaume Beauregard, Serge Houde, Martin Dubreuil
98 minutes
En salles dès maintenant

(Sources : Cinoche.com, Médiafilms)

Un commentaire
  • Keewan
    11 février 2009

    Au début j’ai douté un peu des qualités d’acteur de Guillaume Beauregard, mais à mesure que le personnage de Jérome se défini et se découvre a nous, le fossé entre l’acteur et le personnage se creuse et nous révèle une superbe interprétation.
    Même si on ne veux pas s’y retrouver, l’image de la génération refleté par les personnages de  »Demain » est très proche de la réalité de plusieurs d’entre nous.
    Une giffle atone mais toutefois efficace, un très bon film.

Dans le ventre du dragon

Jean-Nic Labrie

Parce que le ciné c'est aussi Marcel Leboeuf, Christophe Lambert, Jeff Goldblum et Yahoo Serious.

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