BangBang : bangbangblog.com

Dans le ventre du dragon

Cadavres : ennui mortel

Jean-Nic Labrie
19 février 2009

cadavresg1

Érik Canuel ne laisse personne indifférent, pas de doute là-dessus. Pour plusieurs de ses détracteurs, le type est le plus hollywoodien de nos cinéastes québécois, avec tous les défauts qu’un tel quolibet peut générer : cinéma à l’américaine, flamboyant et tape-à-l’œil, avec des guns et des gros chars. Aux yeux des puristes, le gars ne verse pas dans la subtilité, fait du cinéma pour la masse, il a des idées de grandeur, et dénature le cinéma que l’on peut faire ici. Big deal !

Sans être un fan fini de sa filmographie et de son style, je suis plutôt de ceux qui peuvent lui accorder un certain mérite : le gars a des couilles, une grande gueule, et sans le connaître personnellement, je crois qu’il est un véritable passionné de cinéma, ce qui est loin d’être une tare. Qu’ils soient bons ou pas, ses films sont compétents, divertissants pour la plupart, et il a prouvé que le grand Québec pouvait se complaire dans son propre cinéma de genre. Ce qui me fait dire qu’Érik Canuel, c’est un peu notre Luc Besson, en somme.

Cela dit, c’est avec une certaine appréhension que je suis allé voir Cadavres, le dernier film du cinéaste maudit, dont la date de sortie originale a été engluée par les déboires financiers de son ancien distributeur, Christal Films. Prévu pour le 3 octobre 2008, ce n’est que le 20 février prochain que le dernier-né du réalisateur de Bon cop Bad cop sortira sur nos écrans. Sans compter que le film a été choisi pour ouvrir les Rendez-vous du cinéma québécois, 2 jours avant sa sortie officielle en salles.

cadav_ph05_hr2

Une comédie noire, Cadavres, adaptation cinématographique d’un roman de François Barcelo, laissait entrevoir une trame pour le moins attirante : en pleine nuit, après avoir tué sa mère et abandonné sa dépouille dans un fossé au beau milieu de nulle part, Raymond Marchildon (Patrick Huard) appelle sa sœur aînée Angèle (Julie Le Breton) à la rescousse, question de réparer les pots cassés.

Comédienne-vedette d’une série télé aux allures de nanar psychotronique, Angèle rejoint finalement son frère, et tous deux tentent de redresser cette fâcheuse situation. Alors que divers événements plus absurdes les uns que les autres les forcent à enterrer une série de cadavres dans le sous-sol de la maison familiale, glauque à souhait, le passé trouble des Marchildon refait tranquillement surface.

cadav_ph07_hr1

Allons-y tout de go : c’est assurément le pire film de Canuel. Vraiment. 117 minutes qui n’en finissent plus de finir. C’est long, c’est pas drôle, et fait à noter, pour un réalisateur qui a prouvé dans le passé qu’il était capable d’esbrouffe dans sa mise en scène, sa pseudo-comédie pour public pseudo-averti est étrangement très peu rythmée.

TOUTES les scènes s’étirent inutilement. L’ensemble aurait sans doute bénéficé d’un impact beaucoup plus tangible avec une réalisation un peu plus punchée.

Quentin Tarantino, Tony Scott, Jean-Pierre Jeunet, les frères Coen…Canuel a visiblement (trop) pigé dans les univers particuliers de tous ces metteurs en scène. Aussi valables soient-elles, dommage qu’il n’a pas su mélanger adéquatement ses influences, pour en faire un produit réellement convaincant et singulier.

Quant au scénario, signé Benoît Guichard (scénariste, entres autres, de Nitro…), il est mince comme un fil. Personnages en carton recyclé, flashbacks familiaux insignifiants et faciles, humour qui tombe très souvent à plat…Comprimé au maximum, ce scénario sans présent aurait sûrement fait un excellent court-métrage. Étiré sur 2 heures, malheureusement, c’est plutôt raté. Pour ce qui est des comédiens, sans sauver la mise du naufrage (ils cabotinent tous), disons simplement qu’ils sont pour la plupart du temps laissés à eux-mêmes.

Finalement, aussi bien ressortir La loi du cochon.

CADAVRES
Une comédie noire d’Érik Canuel
Avec Patrick Huard, Julie Le Breton, Sylvie Boucher, Patrice Robitaille, Christian Bégin, Marie Brassard.
117 minutes
Film d’ouverture des Rendez-vous du cinéma québécois (18 février)
En salles dès le 20 février.

(Photos : Les Films Séville)

3 commentaires
  • Philippe D.
    19 février 2009

    dommage, le bouquin est pourtant excellent. d’un autre côté, on n’a tellement pas parlé du livre que Barcelo peut dormir en paix…

  • LE BLOB » Québécoixxx?
    21 février 2009

    [...] pas vu la chose (qui s’est vu octroyé 2 petites étoiles par La Presse ce matin; cliquez ici pour la critique du collègue Jean-Nic). J’ai préféré aller me détruire les tympans de [...]

  • K.Fadel
    2 mars 2009

    Sans oublier, les couleurs glauques à la Guy Ritchie. Mais comme tu l’as mentionné, mélange trop hétérogène et tape à l’oeil…Dans la même lignée, aller voir  »Burn after Reading ».

Dans le ventre du dragon

Jean-Nic Labrie

Parce que le ciné c'est aussi Marcel Leboeuf, Christophe Lambert, Jeff Goldblum et Yahoo Serious.

À propos de Jean-Nic Labrie

RUBRIQUES