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Dans le ventre du dragon

Dédé à travers les brumes : à la hauteur des attentes

Jean-Nic Labrie
9 mars 2009

dedeaffiche

Alors, est-ce que c’est bon, la biographie filmée de Dédé Fortin ?

Pas de panique ni d’émeutes : ben oui, ça l’est. Même si le film est loin d’être parfait, les fans des Colocs y trouveront assurément leur compte. Le cinéphile moyen aussi. Les jeunes qui iront le voir juste parce qu’ils trippent sur Sébastien Ricard et Loco Locass devraient aimer ça à leur tour, même si probablement, ils trouveront le film un peu long…

Autrement dit, le film qu’a réalisé Jean-Philippe Duval va fonctionner auprès de la plupart des publics du Québec, parce qu’il est à l’image de la musique du groupe de Dédé Fortin : rassembleur, festif, énergique, coloré, engagé, et par le fait même, relativement simple. La musique de Dédé parlait à tout le monde. Et les Colocs, veut veut pas, ça reste un groupe majeur de la culture québécoise. Tout le monde connaît au moins une de leurs chansons. C’est quand même pas banal ça là.

Fallait que le type se suicide, hara-kiri en plus, pour s’élever au rang de mythe populaire. Et voilà qu’à peine 9 ans plus tard, on lui rend hommage au grand écran. Ça vous donne une idée du personnage qu’il était.

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Débarqués sur la scène musicale québécoise au début des années 90, Les Colocs auront marqué au fer rouge leur époque, devenant l’un des groupes les plus importants de sa génération. Ce groupe unique et festif, mené par un chanteur au charisme certain, a pris forme dans une réalité montréalaise de plus en plus multiculturelle, une réalité planétaire que le groupe aura galvanisé au maximum tout au long de son existence. Un noyau dur directement venu du Lac St-Jean, avec un guitariste d’origine amérindienne, un harmoniciste français, un bassiste d’origine belge, sans compter les deux percusionnistes d’origine africaine…On ne peut pas faire plus «montréalais» que ça.

Avant même la sortie d’un premier album, le groupe vivait déjà dans l’urgence. L’harmoniciste français Patrick Esposito di Napoli, repêché alors qu’il jouait dans le métro, souffre du sida, en plus d’avoir un visa de travail invalide, risquant l’expulsion dans son pays natal. Son médecin indique que ses jours sont comptés. Pas question pour Dédé de l’écarter du reste de la bande ; Pat fait partie du groupe à part entière, et la production du premier album est moulée selon l’état de santé de Pat. Parce que c’était ça Dédé Fortin : un type qui protégeait son monde, qui savait rassembler toute la gang, qui avait le coeur à la bonne place. Peu importe la race ou la couleur de la peau.

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La mort de Patrick, le référendum de 1995, le départ de Mononc’ Serge, les nombreuses blondes du chanteur jusqu’à la livraison du sombre Dehors Novembre, le réalisateur Duval a quand même réussi à fabriquer son récit sans trop tomber dans l’anecdotique, se servant de la genèse du fameux dernier album du groupe comme noyau dramatique central.

Reclu en Estrie avec son guitariste Mike Sawatzky et son bassiste André Vanderbiest, Dédé compose et écrit ses chansons, la majorité du temps seul, oscillant entre moments de création pure et périodes d’angoisse plus intense. Le chanteur y fait en quelque sorte le bilan de sa vie, tout en revisitant certains pans de son passé, qui viennent parfois le hanter, parfois l’inspirer.

Articulé autour de cette double trame chronologique, où le passé et le présent du chanteur s’entrecroisent, le film nous fait assister à la fois à la naissance de cet artiste important pour la chanson québécoise, mais aussi à sa lente descente introspective qui lui sera fatale, le chanteur passa à l’acte au mois de mai de l’an 2000.

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Pas de doute, Duval a bien fait sa job. Le film est coloré, vivant, dynamique, les grands moments du groupe sont bien racontés et développés, sans tomber dans le prêchi-prêcha bas de gamme. Duval aime beaucoup Dédé Fortin, il en brosse un portrait sans aucune complaisance, il a bien su doser l’essence même de l’artiste qui côtoyait l’exaltation festive et le spectre de la mort à chaque jour de sa vie.

Même si l’ensemble se veut hautement satisfaisant par son imposant bagage d’émotions, plusieurs scènes restent plus ou moins réussies, en partie grâce à la direction d’acteurs.

Les acteurs de soutien, mis à part Louis Saïa en imprésario un brin paternel (quel drôle de choix quand même !), sont tous exceptionnels. Haut fait d’arme que celui-ci, car ils sont tous pour la plupart inconnus du public québécois. Mention spécial au comédien français Dimitri Storoge, absolument incroyable dans le rôle de l’harmoniciste sidéen, et à Joseph Mesiano, acteur anglophone de Toronto qui incarne l’âme soeur de Dédé, le guitariste Sawatzky.

Quant à la performance de Sébastien Ricard, même si elle peut sembler très juste à prime abord, elle pourrait en faire titiller plus d’un, et je m’explique : trop souvent on a l’impression que le comédien-rappeur «imite» un peu trop Dédé Fortin, qu’il semble encore un peu trop impressionné par le personnage qu’il incarne, et ça devient vite agaçant. Plusieurs de ses répliques sentent le «par coeur», son jeu manque d’authenticité et de profonfeur, mais Dieu du ciel, il est quand même capable de beaucoup de spontanéité et d’intensité au bon moment. Ricard est un bon acteur, mais il manque encore un peu d’expérience.

Au final, Duval nous offre un drame musical émouvant et vertigineux, à l’image du personnage que Dédé Fortin incarnait jusqu’à la fin de sa vie. On rit, on pleure, on sourit, on replonge sans concession dans l’univers musical d’un groupe québécois devenu aujourd’hui légendaire. Un beau film qui devrait obtenir un intéressant succès au box-office, que l’on soit fan des Colocs ou pas.

DÉDÉ À TRAVERS LES BRUMES
Un drame musical de Jean-Philippe Duval
Avec Sébastien Ricard, Jospeh Mesiano, Dimitri Storoge, David Quertigniez, Bénédicte Décary, Mélissa Désormeaux-Poulin, Louis Saïa
Produit par Roger Frappier et Luc Vandal
MAX Films
140 min.
En salles dès le vendredi 13 mars 2009

www.dedelefilm.com

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Dans le ventre du dragon

Jean-Nic Labrie

Parce que le ciné c'est aussi Marcel Leboeuf, Christophe Lambert, Jeff Goldblum et Yahoo Serious.

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