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Dans le ventre du dragon

Dans le ventre d’Yves Simoneau

Jean-Nic Labrie
5 mai 2009

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Vous avez été quelques-uns à me demander récemment d’où venait le titre du blogue que vous êtes en train de lire, blogue que vous chérissez tant d’ailleurs (notez le sarcasme ici).

Et bien, laissez-moi vous dire qu’à part ma légère déception face à ce constat peu flatteur envers le cinéma québécois des années 80, je me rends compte précisément que le cinéma d’Yves Simoneau, le type qui nous avait offert Dans le ventre du dragon il y a de ça 20 ans maintenant, reste encore beaucoup trop méconnu de tout cinéphile âgé de 30 ans et moins.

Simoneau, même s’il n’a pas tourné «officiellement» au Québec depuis 1989, reste malgré tout un cinéaste important dans l’histoire du cinéma d’ici. En l’espace de 4 longs-métrages de fiction, tournés entre 1982 et 1989, ce natif de Québec a su imposer un style et une vision pour le moins uniques, décomplexant notre cinéma en lui donnant des idées de grandeur, pour mieux le faire sortir de sa fameuse «cuisine». À mes yeux, Simoneau, de par sa volonté de faire du cinéma de genre made in Québec, aura marqué à sa façon la décennie ’80, au même titre que Denys Arcand, Jean-Claude Lauzon et Francis Mankiewicz.

Remarquez que je suis loin d’être un spécialiste du cinéma d’Yves Simoneau, bien au contraire ; de tous les titres de sa filmographie, y compris l’essentiel de son travail aux États-Unis (effectivement, déçu du mode de financement des films au Québec, Simoneau s’est poussé aux States au début des années 90), je n’ai vu que deux de ses films, et ce, lors de deux périodes très précises de ma vie. Dans ma période pré-pubère d’abord, lors de mon passage à l’UQÀM ensuite.

Sans être deux grands chefs d’oeuvre, ces deux films ont quand même trouvé le moyen de se frayer un chemin jusqu’ici, sur ce blog ; faut croire qu’ils m’auront marqués à quelque part…

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Je me rappelle très bien avoir vu Pouvoir intime à la télévision conventionnelle, sur Canal D plus précisément, alors que je devais avoir 12-13 ans. Déjà à l’époque, le film suscitait en moi la plus grande des curiosités. Longtemps étiqueté comme étant «le premier véritable thriller québécois», ce film de 1986 co-produit par Roger Frappier, mettant en vedette Marie Tifo, Pierre Curzi, Jacques Godin, et les défunts Jean-Louis Milette et Robert Gravel, détonnait passablement dans le paysage cinématographique québécois à l’époque, et pour cause ; avec un découpage très cool et une signature visuelle en parfaite symbiose avec son époque (le film rappelle par moments le Subway de Besson), le film possédait tous les ingrédients pour séduire un vaste public, qu’il soit québécois ou même international. On reste très loin des Plouffe, de Bach et Bottine ou du Matou (pardonne-moi Guillaume) !

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Pouvoir intime, dont le scénario a été co-écrit par Pierre Curzi et Simoneau lui-même, se veut une adaptation à l’écran du roman noir de l’écrivain londonien James Hadley Chase, The world in My Pocket, publié en 1958. Le film raconte l’histoire de Théo (Godin), un récidiviste d’une cinquantaine d’années, qui est mandaté par Meursault (Milette) pour détourner un camion blindé rempli d’argent. Rapidement, Théo s’entoure de complices pour exécuter sa besogne : Gildor (Curzi), un ancien compagnon de cellule, Roxanne (Tifo), une femme de tête qui en a vu d’autres, et Robin (Éric Brisebois), le fils de Théo, qui en a assez de vivre comme un criminel.

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Le coup, pourtant minutieusement préparé, tourne mal. Un imprévu de dernière minute en change complètement l’issue, et entraîne la bande dans une enfilade de péripéties pour le moins insoupçonnées. Le petit vol sans histoire qui devait mener la bande à la liberté facilement acquise, devient alors une descente aux enfers, dont le dénouement final ne faisait certes pas partie des plans initiaux.

Aussi connu sous le nom de Blind Trust et Intimate Power, le film a connu une sortie en format VHS aux États-Unis, en plus d’être distribué un peu partout dans le monde, avec un beau succès en Allemagne notamment. Lors du gala des Prix Génie de 1987, le film a été mis en nomination 9 fois, se frayant même un chemin dans les catégories de pointe ; malheureusement, un certain Déclin de l’empire américain venait tout rafler cette année-là…

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À la fin des années 80, Yves Simoneau est un cinéaste bien établi au Québec. Après Les Yeux rouges (1982), Pouvoir intime (1986) et Les fous de bassan (1987), la renommée de Simoneau n’est plus à faire, le type a le vent dans les voiles, et il a prouvé qu’il savait quoi faire avec une caméra entre les mains.

Simoneau, ça se voit, a faim. Il veut tourner. Le gars ne manque pas d’idées, en plus d’être capable de vendre un frigo à un Inuit. Il a des idées de grandeurs, les projets qu’il a en tête sont démesurés, mais comme on le sait, le Québec n’offre pas la plus grande tarte cinématographique dans le monde, et de jeunes réalisateurs cognent à la porte, question d’avoir leur part du gâteau. Lauzon vient de triompher avec son Zoo, François Girard se démarque avec ses réalisations dans le domaine du vidéo-clip, et Robert Morin, quoique marginal (il l’est toujours d’ailleurs…), commence à faire parler de lui. Sans compter les vétérans comme Forcier, Lord et Carle, qui n’ont pas dit leur dernier mot. Bref, plus ça change, plus c’est pareil…

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Simoneau débarque donc en 1989 avec une curiosité nommée Dans le ventre du dragon, autre film que j’ai eu la chance de voir à la télé, sur Radio-Canada pour être plus précis. Mélange de comédie et de science-fiction au sujet d’expériences pharmaceutiques menées sur des cobayes humains, le film raconte le périple de Lou (premier rôle au cinéma pour David La Haye), un jeune homme lunatique qui distribue des circulaires avec un curieux tandem, l’idéaliste Steve (Rémy Girard) et l’imbécile heureux Bozo (Michel Côté).

Las de gagner sa vie dans un métier sans avenir, il accepte de vendre son corps à la science, en se soumettant à diverses expériences scientifiques, question de faire un rapide coup d’argent. Il accepte de tester des médicaments dans un laboratoire pour le moins lugubre, dirigé avec une poigne de fer par le docteur Lucas (Marie Tifo) et l’infâme Directeur (Jean-Louis Milette). Lou découvre trop tard que les pilules qu’on lui fait prendre ont pour effet d’accélérer le vieillissement. Inquiets, Steve et Bozo se mettent à sa recherche, et pénètrent dans les sous-sols du laboratoire, où ils font d’étranges découvertes. Pendant ce temps, Lou se prépare à s’enfuir avec une femme (Andrée Lachapelle), qui a trop longtemps servi de cobaye.

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On pourrait discuter longtemps des effets spéciaux qui ont mal vieilli, de la finale qui est complètement ratée (vraiment ratée, j’insiste), et du fait que le film, malgré de grandes ambitions (les décors notamment, le film étant majoritairement tourné dans une usine d’épuration de la Rive-Sud), ressemblait plutôt à une grenouille qui se voulait plus grosse qu’un boeuf ; cependant, moi je préfère rester positif, en saluant l’audace de ce film, qui reste mémorable sur plusieurs niveaux. Je me rappelle très bien avoir été marqué par les tunnels bétonnés de l’institut pharmaceutique, et de cette scène mémorable où Rémy Girard et Michel Côté débarquent dans une salle au plancher innondé d’eau, avec un genre de lance-flammes (???) qui crache du feu. Et que dire de Jean-Louis Milette, exquis comme toujours, en magnat de «pelules» !

Bref, Dans le ventre du dragon, c’est une série B culte québécoise aujourd’hui tombée dans l’oubli, dans un marché où la série B ne se doit pas d’exister. Vous comprenez maintenant pourquoi j’ai choisi ce titre pour ce blogue…

*Cliquez ici pour entendre Yves Simoneau, dans le cadre de la série Cinéma Québécois, diffusée sur les ondes de Télé-Québec

(Photos : http://elephant.canoe.ca/)

Un commentaire
  • Charles-Henri
    28 juillet 2009

    Tu as bien raison Jean-Nicolas, Yves Simoneau est un grand méconnu. Ce n’est pas pour rien qu’il s’est exilé, le cinéma de genre au Québec a toujours été et est encore trop dénigré. Par contre, je n’ai que très peu d’informations sur sa carrière anglophone. En sais-tu un peu plus?

Dans le ventre du dragon

Jean-Nic Labrie

Parce que le ciné c'est aussi Marcel Leboeuf, Christophe Lambert, Jeff Goldblum et Yahoo Serious.

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