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Dans le ventre du dragon

Millenium : un petit téléfilm des plus ordinaires

Jean-Nic Labrie
26 mai 2009

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Je l’avoue d’emblée : ben non, je n’ai pas lu les livres. Même si je trippe sur la Suède. Pis ?

On parle d’un film basé sur un best-seller international icitte, pas d’un obscur télé-théâtre de Marcel Dubé qu’on a vu au cégep, ou d’un téléroman de Victor Lévy-Beaulieu qu’on a étudié à l’université. Les livres pop «saveur du mois» c’est une chose, le film en est une autre.

De toute façon, les adaptations cinématographiques de romans, qu’ils soient à succès ou non, ne dépassent jamais (ou si rarement) la qualité du bouquin original. Vous allez me dire que beaucoup de longs-métrages sont d’abord des objets munis d’une reliure, et vendus dans une librairie, à Bangkok comme à Normétal. Soit.

Je ne lis pratiquement pas de livres. Je préfère regarder des films à la place. Et Millénium le film, basé sur la trilogie-culte du romancier suédois Stieg Larsson, sera jugé pour ce qu’il est, un film !

Point barre.

* * *

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Journaliste économique pour le magazine suédois Millennium, revue d’investigations sociales et financières, Mikael Blomkvist (Michael Nyqvist) est mis à l’ombre par un procès pour diffamation qu’il vient de perdre.

Henrik Vanger (Sven-Bertil Taube), un gros industriel suédois à la retraite, le contacte néanmoins pour s’approprier ses services avant que la prison l’accueille, question de relancer une enquête abandonnée depuis plusieurs années.

Dans le huis clos d’une île située très loin de la capitale, Harriet, la petite nièce de Vanger, a disparu il y a maintenant quarante ans. Henrik est persuadé qu’elle a été assassinée, et quelqu’un se fait un malin plaisir de le lui rappeler à chacun de ses anniversaires. Effectivement, le plaisantin lui envoit une fleur séchée encadrée, comme le faisait Harriet de son vivant.

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Secondé par Lisbeth Salander (Noomi Rapace), une jeune femme rebelle très habile avec l’informatique (et qui ressemble un brin à Pascale Picard), Blomkvist se plonge sans espoir dans les documents cent fois examinés, jusqu’au jour où une intuition lui fait reprendre un dossier. Au gré des méandres des haines familiales et des scandales financiers, l’enquête ne fait que commencer…

* * *

Osons spéculer ici : on peut présumer que la plupart des «matantes» qui ont trippé sur les livres se rueront sur le film. Leurs conjoints suivront, eux qui seraient peut-être aller voir le dernier Star Trek à la place. Sans compter les Lionnes, qui ne manqueront pas de nous faire chier avec un «C’est vraiment excellent je vous le conseille fortement» à tous les jours.

Sinon…Qui va aller voir ça ?

Je me le demande bien.

Premier volet de la dite trilogie adapté au grand écran donc, Millénium : Les hommes qui n’aimaient pas les femmes, sans être raté complètement, se veut une proposition pour le moins standard, au suspence quelconque, au manque criant de punch. Devant un tel succès de librairie partout sur la planète, on se serait attendus à en avoir plein la gueule. Sans compter que la Suède s’offre ici une rare percée grand public internationale au cinéma.

Or, il n’en est rien.

Ça sent le téléfilm à plein nez, tellement la réalisation est anonyme, monotone, et pratiquement inexistante. On est à des galaxies de Fincher, et de son Se7en, par exemple. Et à des années-lumière de Ron Howard et ses Da Vinci Code et Angels and Demons.

Même les personnages ont l’air de sortir d’une série télé genre Wallander !

En fouillant un peu, on a réponses à nos questions : c’est la société Yellow Bird qui a produit ce film suédo-danois ; cette importante compagnie scandinave se spécialise justement dans les téléfilms policiers, et plus particulièrement dans l’adaptation de romans «de crime» à succès…

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Devant une mise en scène aussi fade, on se dit que le scénario va être à la hauteur, question de compenser ce flagrant manque à gagner. Canevas classique d’une enquête menée au cinéma, je dois avouer qu’il y a bel et bien un petit suspence çà et là, mais l’ensemble n’offre aucune réelle surprise, s’efforçant de ne jamais trop sortir du cadre duquel il s’inspire (les séries policières américaines à la Law & Order et autres C.S.I). Il y a aussi plusieurs détours ennuyeux, question de dessiner un peu plus les personnages. Mais en vain, car ces interventions scénaristiques ne font qu’allonger inutilement le film. Rien de bien bien déroutant en somme.

Peut-on parler de déception ? Encore une fois, n’étant pas réellement le public-cible de ce film (mais étant tout de même un cinéphile), on avait le droit de s’attendre à mieux, vu le battage publicitaire qui s’articule en ce moment autour de ce phénomène, cas classique ici d’un phénomène de société localisé que l’on tente d’exporter à grande échelle. Un peu comme si on essayait de vendre nos Boys au reste du monde…

En passant, je vous conseille d’aller voir la version suédoise sous-titrée, et non pas l’horrible version française. Lecteurs, lectrices, vous vous êtes déjà tapé la trilogie au complet ; une ligne de plus ou de moins…

MAN SOM HATAR KVINNOR
V.F : Millénium – Le film
Suspence suédo-danois de Niels Arden Oplev
Avec Noomi Rapace, Michael Nyqvist, Sven-Bertil Taube, Peter Andersson, Peter Haber
Durée : 2h34
Distribution au Québec : Alliance Atlantis Vivafilms
En salles dès le 29 mai.

2 commentaires
  • Philippe Daigle
    26 mai 2009

    c’est un livre où il n’y a pas d’action, ce sont les pensées des protagonistes qui nous intéressent dans le bouquin – en film, ça passe pas, simple comme ça…

    vraiment, un téléfilm qui va passer un mardi soir à la télé.

    long et plate. très (trop?) collé sur le livre.

  • [...] notre Roger Ebert… en plus fourrable, bien évidemment, rentre dans le lard de la sensation Millenium. Aie, aie, [...]

Dans le ventre du dragon

Jean-Nic Labrie

Parce que le ciné c'est aussi Marcel Leboeuf, Christophe Lambert, Jeff Goldblum et Yahoo Serious.

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