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Dans le ventre du dragon

Tokyo! : un beau monstre à trois têtes

Jean-Nic Labrie
28 mai 2009

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Belle curiosité que ce drôle de films à sketches, qui sort un peu de nul part. Je ne sais pas pour vous, mais moi, jamais j’avais entendu parler de ce truc-là.

Tokyo!, sorti en France en octobre 2008, est un film composé de trois courts-métrages pour le moins décalés et originaux, réalisés par trois réalisateurs chevronnés à la feuille de route fort différente l’une de l’autre ; Gondry le fantaisiste, Carax le torturé, et l’autre, ben…

Yé sûrement très connu dans sa famille.

* * *

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Interior Design, Michel Gondry

Un beau ti-couple de «djeunes» tente de s’installer à Tokyo. Ils partent à la recherche d’un appartement décent (lire : un cubicule gros comme un walk-in), afin d’y vivre les plus belles années de leur jeunesse. Le mec a comme pour ambition de devenir le prochain Kurosawa (il a même réalisé un obscur film post-moderne dans «le film», très drôle), tandis que sa petite blonde, plus indécise, a le sentiment diffus de perdre le contrôle de sa vie.

Chacun à leur façon, les deux se noieront dans cette immense ville sans repères tangibles, jusqu’à temps que la jeune femme, laissée à elle-même par un copain cinéaste trop égocentrique, devienne l’objet d’une étrange transformation…Étrange, le mot est faible…

Gondry a toujours ce don de bien intégrer des lubies disjonctées à une narration toute normale. Le fait reste qu’on en aurait pris davantage…

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Merde, Leos Carax

Une drôle de créature sorti d’une autre civilisation, affreuse, sale, méchante et à la barbe drôlement taillée, sème la pagaille et la mort dans les rues de Tokyo. Il choisit de se faire appeler Merde. En plus de faire exploser des reliquats de l’armée trouvé dans les dédalles souterrains, il se nourrit de fleurs et de fric (?). Les médias le surnomme «La Créature des égoûts», l’armée nipponne finit par la capturer, et en toute justice, il subira un procès pour les actes qu’il a commis. Ce qui ne manquera pas de déchaîner les passions.

Depuis Pola X en 1999, Carax s’était fait discret, il n’avait rien tourné depuis. Réalisateur mythique des années 80, le type donne cette fois-ci dans la légèreté, toujours entouré de son pote Denis Lavant. Amusant et cocasse à la fois.

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Shaking Tokyo, Bong Joon-ho

Un homme vit enfermé dans son appartement depuis plus de dix ans, réduisant au strict minimum tout contact avec le monde extérieur. Au Japon, on appelle ça être «hikkikomori» : c’est en fait une pathologie psychosociale et familiale, touchant principalement des adolescents ou de jeunes adultes, et qui vivent cloîtrés chez leurs parents. Le plus souvent, ils se terrent dans leur chambre pendant plusieurs mois, voire plusieurs années, en refusant toute communication, même avec leur famille, et ne sortant que pour satisfaire aux impératifs des besoins corporels. Fascinant non ?

Lorsque la jolie livreuse de pizza s’évanouit chez lui durant un tremblement de terre, l’impensable arrive, il tombe raide dingue amoureux. Peu après, il apprend d’un autre livreur de pizza, que la jeune fille devient hikikomori à son tour. Osera-t-il franchir la porte qui sépare son appartement du reste du monde ?

Bong Joon-ho est un réalisateur sud-coréen que les adeptes de Fantasia connaissent peut-être ; c’est lui qui nous avait offert Barking Dogs Never Bite en 2000. Il détient également le record du plus d’audience en Corée du Sud avec son film The Host, film qui a généré 13 millions d’entrées en 2006. Plutôt méconnu ici, il réalise donc un troisième sketch surprenant, à la réalisation soignée, qui vient terminer ce triptyque en toute beauté. Bravo !

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Dans le ventre du dragon

Jean-Nic Labrie

Parce que le ciné c'est aussi Marcel Leboeuf, Christophe Lambert, Jeff Goldblum et Yahoo Serious.

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