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Dans le ventre du dragon

Fantasia ’09 : bilan du premier week-end

Jean-Nic Labrie
13 juillet 2009

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Love Exposure, du cinéaste japonais Sono Sion

MONTRÉAL – Ça y est, le premier week-end du festival le plus déluré en ville est maintenant chose du passé. Comme pour tout gros évènement qui se respecte, c’est sur les chapeaux de roues qu’a débuté la 13e édition du plus important festival de films de genre en Amérique du Nord.

Les festivaliers de tout acabit ont eu droit dès le départ à plusieurs gros canons, tirés d’une programmation éclectique garantissant encore cette année une forte teneur d’émotions fortes, le tout (bien sûr) nappé d’hémoglobine bien rouge. Votre humble narrateur n’ayant pas encore acquis le don d’ubiquité, il a néanmoins pu voir les principales têtes d’affiche de la fin de semaine. Merci Bang Bang !

Vendredi soir, dans un Théâtre Hall archi-bondé, les cinéphiles ont eu le plaisir d’être accueillis par une trâlée de gros gorilles à la chemise bien pressée, esquivant politesse et savoir-vivre, question de plonger leurs grosses pa-pattes dans les sacs de la populace. Ils recherchaient bien sûr LA vile caméra, célèbre outil de n’importe quel pirate qui se respecte. Les fouilles, c’était la condition sinéquanone pour que la première nord-américaine de Thirst, ceci est mon sang soit présentée ici, à Montréal, à Fantasia de surcroît.

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Thirst, ceci est mon sang

On se trompe à peine en disant que ce film de vampires coréen, récipidendaire du Prix du Jury à Cannes et réalisé par Park Chan-wook (le même qui avait fait Oldboy) était probablement le film le plus attendu du festival. Réalisation sèche voire sobre, lenteur typique asiatique et mélange assez habile de plusieurs genres, Thirst est un drame d’horreur sauce coréene qui s’est avéré au final plutôt moyen, empâtré de plusieurs longueurs interminables qui ont malheureusement englué le récit. Disons que le suédois Let the right one in, dans le registre «Vampire réinventé», avait créé une bien meilleure impression l’été dernier.

4 heures dans un tourbillon

Samedi soir, grosse soirée en perspective ; le Guru et le Red Bull étaient de mise pour le colosse Love Exposure, un marathon de 4 heures (vous avez bien lu) duquel le spectateur n’en sort pas indemne, croyez-moi.

Si la première heure et demie m’a complètement pulvérisé (j’étais carrément sur le bout de mon siège !), le récit a par la suite emprunté une drift scénaristique qui ne correspondait plus à a ma propre fabrication de l’histoire et de ses personnages.

Résultat ? Le clivage entre le film et moi s’est creusé pendant les 3 dernières heures. Le scénario s’est mis à mélanger à l’extrême un ramassis de thèmes à prime abord incompatibles, épaississant le récit de plusieurs couches complexes (l’inceste, le travestisme, le voyeurisme photographique, le culte religieux et tutti quanti).

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Love Exposure

Devenue à la fin une énorme bouillabaisse complexe pour le moins déstabilisante, cette immense oeuvre du réalisateur Sion Sono (Suicide Club) a certainement le mérite d’avoir réussi le pari d’être à la fois si dense et relativement émouvante. Dommage, car en ce qui me concerne, la première partie du film m’avait littéralement projeté en orbite. J’y voyais autant du PT Anderson, du Stone que du Jeunet, dans un tourbillon kadélioscopique qui ne cessait de m’émerveiller…

Sur un ton beaucoup plus léger, toujours en ce samedi soir orageux, les festivaliers ont pu terminer leur soirée avec le loufoque Dead Snow, le plus américain des films d’horreur norvégiens, mettant en vedette une horde de zombies nazis (?!) sur fond de fjords enneigés.

Multipliant les clins d’oeil à une panoplie de classiques du cinéma d’horreur (de Evil Dead à Friday the 13th), le film s’est avéré correctement réussi dans le genre, même si un manque criant de virtuosité technique (la photo, l’étalonnage et le montage entres autres) a fait paraître l’ensemble un brin mal foutu. Une chance qu’on a ri en masse…

N’est pas Polanski qui veut…

Dimanche soir, c’était au tour du jeune réalisateur Paul Solet de nous offrir Grace, une petite production américaine tournée en Saskatchewan, produite pour une bouchée de pain à 5,99$ la mordée.

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Jordan Ladd, en maman un brin trop protectrice…

Malgré une réalisation qui se tenait bien et un trio d’actrices en forme (Jordan Ladd, qu’on a déjà vu dans Cabin Fever et Death Proof, et les actrices canadiennes Gabrielle Rose et Samantha Ferris), le récit comportait trop de zone grises pour que l’on puisse réellement parler d’un film abouti.

Dans le futur, on parlera de Grace comme étant un bel essai certes, mais loin, très loin de la somme de ses influences principales, à savoir Roman Polanski et David Cronenberg. Donnons tout de même une chance au coureur.

À SURVEILLER CETTE SEMAINE

-The Immaculate Conception of Little Dizzle : une comédie anglaise, fruit de la rencontre entre les univers de Richard Linklater, Judd Apatow, Dan Clowes et William S. Burroughs. Bande-annonce et synopsis ici.

-Courts métrages québécois DIY : pour y découvrir les prochaines vedettes québécoises du cinéma fantastique.

-Go Go’s 70 : un film nippon rock’n'roll. Bande-annonce ici.

www.fantasiafest.com

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Dans le ventre du dragon

Jean-Nic Labrie

Parce que le ciné c'est aussi Marcel Leboeuf, Christophe Lambert, Jeff Goldblum et Yahoo Serious.

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