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Dans le ventre du dragon

1981 : un ego trip assumé, mais décevant

Jean-Nic Labrie
28 août 2009

1981_
«1981», de Ricardo Trogi : un autre film
québécois qui ne passera pas à l'histoire.

En 1981, les Moon Boots, l’Intellevision, les K-Way colorés et les montres-calculatrices étaient à la mode. C’est aussi en 1981 que le réalisateur Ricardo Trogi, alors âgé de 11 ans, déménagea avec sa famille dans un nouveau quartier de Ste-Foy, en banlieue de Québec.

Visiblement, le ti-cul angoisse à l’idée de s’adapter à son nouvel environnement. Être le p’tit nouveau d’une classe dont les élèves paraissent provenir de milieux plus aisés que le sien, c’est évidemment une source (futile) de stress, et le jeune Trogi, devenu «Crunchy» pour ses nouveaux camarades, devra user de malice pour se faire accepter par les autres kids de sa classe.

Ainsi donc, Ricardo décide de sublimer sa réelle situation, jusqu’à ce que le jeu de la vérité devienne une incontournable évidence et que le petit Trogi accepte de forger sa véritable identité. Accepté dans la gang des «Ki-Way Rouges», amoureux de la bolle de la classe Anne Tremblay, refusant de se salir le nez pour avoir un Walkman, le jeune homme apprendra que dans la vie, le mythe peut aveugler bien des évidences, et qu’il faut d’abord s’assumer avant d’espérer devenir quelqu’un que nous ne sommes pas.

* * * *
Pour son troisième long-métrage, Ricardo Trogi, à l’aube de la quarantaine, a choisi de faire cavalier seul au niveau de l’écriture du scénario, laissant de côté ses acolytes Robitaille et Pearson, trio qui avait fait des ravages avec Québec-Montréal et Horloge Biologique il y a de ça quelques années.

Trogi a choisi de revisiter un pan de sa jeunesse avec ce film autobiographique, et assume pleinement le côté «ego trip» de l’entreprise, en choisissant nul autre que lui-même pour assurer la narration hors-champs. Choix audacieux que celui-ci, mais tant qu’à y aller dans l’autobio, aussi bien y aller jusqu’au bout…

Malgré toute l’esthétique rétro-cool de la mise en scène (qui finit par agacer) et de jeunes acteurs convaincants, 1981 demeure un film pour le moins décevant, et s’inscrit jusqu’à maintenant comme étant le film le moins réussi de Trogi. Et de beaucoup.

Avec un récit beaucoup trop anecdotique, un fil narrateur pour le moins flou et une direction artistique tape-à-l’oeil et racoleuse, 1981 se veut un film inégal, drôlement rythmé, qui contraste vraiment avec les précédentes réalisations de Trogi.

Pourtant un habile réalisateur, Trogi offre ici une réalisation molle, et invoque de biais une bonne idée de court-métrage qui sied pourtant mal au canevas du long, écaillant son scénario de plusieurs moments raboteux. Ce qui crée d’inévitables longueurs, une narration éparpillé, et des passages qui semblent un peu forcés.

Force est d’admettre aussi que le récit, quoiqu’hautement autobiographique, tente à contenir un peu trop d’éléments de remplissage et inintéressants, surtout au niveau de la relation qu’a le personnage avec sa mère ; comme si le réalisateur avait le nez trop collé sur sa propre oeuvre, et qu’il n’a pas su faire un «ménage» pour alléger le tout.

Difficile également de tirer les véritables conclusions du scénario : honnêteté, quête d’identité, s’accepter telle que nous sommes ? Tout ça n’est pas très clair.

Paraîtrait que Trogi planche déjà sur la suite, 1987, qui évoquera cette fois son adolescence. Espérons que cette fois-ci, «Crunchy» saura élaguer son discours, question de pouvoir soutirer un peu d’émotion de sa «propre vie filmique». Car on est au cinéma ici, pas dans un journal intime.

Dans le genre, C’est pas moi, je le jure s’est avéré plus satisfaisant.

La cote Ventre du dragon : 6 sur 10
Pas mauvais, mais pas très bon non plus. Une déception, vu le talent du gars.

FLASH DVD-VHS

vie_fantome

LA VIE FANTÔME (Jacques Leduc, 1992) : Oh boy…Vraiment, vraiment plate comme film. Ultra-banal, histoire monotone vu des milliers de fois, une réalisation vraiment ordinaire…Je connais peu Leduc, mais selon un ami qui aime bien son travail, faudrait piger dans ses vieux films pour apprécier son oeuvre. Avis aux fans de Pascale Bussières, on la voit toute nue assez souvent merci. 5/10

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POINT BREAK (Kathryn Bigelow, 1991) : Un classique que j’avais pas revu depuis un bail. Un bon film de surf 90s, très simple (et simpliste), mais comme j’aime beaucoup les films de casse…Patrick Swayze à son apogée, Keanu Reeves en début de carrière. 7/10

3 commentaires
  • André de Sorel
    28 août 2009

    La traduction française de « Point Break » est délicieuse!

  • jean_nic
    29 août 2009

    Je dirais même plus : déclicieusement délicieuse…

  • André Péloquin
    30 août 2009

    J’ai déjà pensé changer mon nom pour Johnny Utah. C’est tout dire.

Dans le ventre du dragon

Jean-Nic Labrie

Parce que le ciné c'est aussi Marcel Leboeuf, Christophe Lambert, Jeff Goldblum et Yahoo Serious.

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