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Dans le ventre du dragon

SHOWGIRLS : Anatomie d’un bide exagéré

Jean-Nic Labrie
31 août 2009

showgirls

J’avais donc du temps à tuer durant une récente pause de dîner, et j’ai fini par l’achever en allant sneaker dans la section «DVDs pas chers» du HMV centre-ville. Vous savez, cette section dont à peu près personne ne connaît l’existence, car bizarrement situé au 2e étage de l’endroit, tout juste à côté des sections musicales «Jazz» et «Classique». Tellement désert, zéro trace de caissiers. J’ai donc la paix pour me marrer.

Ça commence par du 3,99$. Croyez-moi mes amis, ya vraiment pas de quoi fouetter un chat, même à moitié mort ; pour rester poli, disons que 95% des films de cette section, c’est carrément de la crap. Du vulgaire stock de trop et encombrant, que personne ne veut daigner se greiller. Triste gaspillage de plastique.

Obscur téléfilm avec Shannen Doherty, Robocop II et III (que j’ai achetés d’ailleurs), comédies poches d’après-midis fauchés, de la série triple B…De la sous-merde, il en pleut. Avis aux intéressés.

Ça monte ensuite vers du 4,99$. La qualité des films augmentent un brin, mais encore là, ne retenez pas votre souffle. Dans le lot, j’aperçois Austin Powers (un 4e est d’ailleurs en chantier, avec la top model Gisele Bündchen dans le rôle de la bombe), et quelques autres ordinaires reliquats tirés d’une autre époque. Pour Powers, ne vous inquiétez pas, je l’ai laissé là.

Tout ça finit par monter jusqu’au prix régulier de 19,99$. Tous des films pas assez cools pour siester en bas comme tous les autres. Des quidams qui n’intéressent personne. Du genre Ransom, avec Mel Gibson, ou alors Le protecteur traqué de JCVD. Vous voyez le genre.

Je me promène donc sur l’étage, espérant y faire une découverte quelconque. On ne sait jamais sur quoi on peut tomber dans ce genre de place-là, me dis-je en silence.

Je fouille je fouille, je m’use la rétine devant tant de banalités, jusqu’à temps que mon regard soit attiré par ce genre de gros boîtier rouge et noir, tout seul sur une tablette caché derrière la porte. Il s’agissait du coffret Showgirls : V.I.P Limited Edition, servi dans un emballage gros comme une boîte de trucs de magie pour enfants. Oui oui, on parle bien ici du fameux film de Paul Verhoeven sorti en 1995, qui a été littéralement massacré à sa sortie en salles à l’époque. Oops, on commence à m’intéresser ici.

showgirls-1995-04-g

L’objet en tant que tel est tout sauf banal : il y a bien sûr le film (que je n’avais jamais vu dès lors), mais surtout, un tas de cossins divers à l’effigie de ce film aujourd’hui culte. Un jeu de cartes à jouer Showgirls, 2 verres à shooters Showgirls, des fiches remplies de jeux à boire coquins….sans compter la cerise ultime sur le sundae : un jeu d’adresse du nom de «Pin the pasties on the showgirl», qui se veut une version trash du célèbre jeu de l’âne. Vous devinez bien que dans ce jeu-ci, point d’âne il y a (quoique ça aurait pu, le film a tellement mauvaise réputation). Au lieu d’essayer d’aller piner la queue de l’âne sur un dessin mal fichu collé contre le mur, il faut essayer d’aller coller des genres de pastilles de danseuse sur les mamelons de l’actrice Elizabeth Berkley, ici servie en poster grand format, en papier glacé par-dessus le marché. Un jeu qui se joue bandé, évidemment (excusez-là). Le bandeau Showgirls est également fourni. LA TOTALE !

Je regarde le prix de ce coffre aux trésors…9,99$ !!! Même le caissier du rez-de-chaussé me shoot : «C’est vraiment le deal du siècle ce coffret-là. On le vendait tellement cher ya pas si longtemps. Tu fais une bonne affaire, crois-moi». Je me fais pas prier, et je pars avec le paquet sous le bras…même si j’avais toujours pas vu le film.

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Avant de se mouiller dans une (très courte) critique de ce film vraiment pas aussi mauvais qu’on peut le croire, venons-en d’abord aux faits.

Le Néerlandais Verhoeven, qui avait fait Robocop, Total Recall et Basic Instinct auparavant, a réalisé ce sulfureux Showgirls en 1995, sur un scénario de Joe Eszterhas, un type qui nous avait offert les scénarios de Basic Instinct, Sliver et Le protecteur traqué, notamment. Tiens donc…

Quelques semaines avant la sortie du film en salles, un énorme battage publicitaire se construit autour de ce film interdit aux moins de 17 ans aux USA. On nous promet plusieurs scènes de sexe, de la nudité rien qu’en masse, et la hype entourant le film devient rapidement démesurée. Rappelons-nous que Basic Instinct avait fait couler beaucoup d’encre quelques années plus tôt, sensiblement pour les mêmes raisons. On attendait donc le duo Verhoeven – Eszterhas avec une brique et un fanal.

La campagne promotionnelle, rapidement tournée en dérision par l’intelligiensia et les critiques, reposait surtout sur les épaules de la vedette du film, Elizabeth Berkley, qui était âgée d’à peine 23 ans à l’époque. Peu connue du grand public, elle avait tout de même une certaine notoriété ; deux ans avant la sortie de Showgirls, elle était la vedette de la série télévisée pour adolescents Saved by the Bell, dans laquelle elle jouait le rôle d’une jeune féministe.

Une fois rendu en salles, le film est un véritable désastre. Les critiques sont terribles, et rapidement, on se met à clamer partout que le film est un véritable nanar. La publicité autour du film, très négative, fera boule de neige, se rendant même jusqu’aux prix Razzies de 1995. Sur 13 nominations, le film en convertit sept : pire film, pire scénario, pire actrice (Elizabeth Berkley), pire couple à l’écran, pire révélation (Elizabeth Berkley), pire bande originale et pire réalisateur pour Paul Verhoeven. D’ailleurs, le réalisateur sera l’un des seuls primés des Razzies, avec Halle Berry et Tom Green notamment, à être allé chercher son prix.

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Sommes-nous donc devant un cas d’acharnement injustifié ici ? Difficile à dire, car un tel consensus (très rare) faisant autant l’unanimité semble vraiment exagéré, avouons-le. Sans dire que le film est nécessairement bon, force est d’admettre qu’il ne méritait pas autant de critiques aussi fielleuses.

Si les acteurs Kyle MacLachlan et Gina Gershon, plus chevronnés et expérimentés, n’ont pas trop souffert de ce tourbillon et ont survécu professionnellement à ce marasme, Elizabeth Berkley n’aura pas eu la même veine ; le film a vraisemblablement ruiné sa carrière, sans compter celle du scénariste Eszterhas, qui ne s’est jamais remis de ce fiasco. Dans le cas de Berkley, je ne vois pas pourquoi on s’est acharnés sur elle à ce point à l’époque, car à mon sens, elle offre une performance très honnête. Cruel showbizz…

Encore aujourd’hui en 2009, ce film est toujours aussi culte, et question d’ajouter de l’huile sur le feu, la version «grand public» enlève la plupart des scènes gratuites de nudité, les remplaçant par des éléments de l’histoire rendant l’intrigue compréhensible…Oui oui vous avez bien lu. Aux États-Unis, la chaîne de télévision Superstation TBS diffusa ce film en ajoutant numériquement des sous-vêtements noir pour cacher les seins nus et les parties génitales.

Constat ? Je me suis amusé. Ya de la boule, des paillettes, du lesbiannisme, et une scène de danse assez sensuelle merci, capable de faire bander un paraplégique. Je vous laisse avec un papier très intéressant d’une critique du film, qui rejoint en gros l’opinion que j’en ai.

Pendant ce temps moi, je m’envoie 2 ou 3 shooters de tequila, je me bande les yeux, et je pars à la chasse aux totons. À la vôtre !

Un commentaire
  • André de Sorel
    31 août 2009

    Kyle Machlachlan s’est TELLEMENT cassé le pénis pendant c’te scène, c’est sûr.

Dans le ventre du dragon

Jean-Nic Labrie

Parce que le ciné c'est aussi Marcel Leboeuf, Christophe Lambert, Jeff Goldblum et Yahoo Serious.

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