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Dans le ventre du dragon

Falardeau tabarnak !

Jean-Nic Labrie
26 septembre 2009

pierrefalardeau

Falardeau décédé, ça me fait de la peine. Vraiment. Je l’ai de travers dans la gorge.

C’est drôle, car au moment même où j’ai appris sa mort, immédiatement, il y a cette drôle de belle photo qui m’est apparu à l’esprit ; je n’ai pas pensé au militant indépendentiste qu’il était, ni au Party, à Elvis Gratton, à Octobre ou à 15 février 1839 , tous des films que j’ai adorés. J’ai vraiment eu spontanément ce flash d’une photo qu’un ami à moi m’avait montré il y a de ça quelques années.

Été 2004. Je suis encore étudiant à l’UQAM, et pour gagner honorablement ma croûte, je vends du pop-corn au cinéma Parisien, un cinéma qui n’existe plus aujourd’hui. Rapidement, je me lie d’amitié avec les projectionnistes de l’endroit, à savoir Normand et Jean-Marie, deux vétérans qui en ont roulé de la pellicule. Deux braves types qui font partie des meubles de l’endroit, et par surcroît, qui ont plusieurs dizaines d’histoires à raconter, sur tout et sur rien. Sur les belles années du Canadien de Montréal dans les années 70, sur le référendum de 1980, parfois sur le cinéma aussi. Deux mononc’s tout ce qu’il y a de plus sympathiques et bonasses.

* * *

On se prépare donc pour accueillir l’avant-première du plus récent film de Falardeau, Elvis Gratton III. Je m’en souviens comme si c’était hier, c’était quelques jours avant la St-Jean. Ça faisait longtemps que le Parisien agonisait, mais ce soir-là, je ressentais une sorte de fébrilité, même si à mon grand désarroi, je n’allais pas croiser Falardeau, je finissais de travailler un peu avant l’heure prévue pour la cérémonie.

Pendant ma pause de dîner, je décide d’aller rejoindre Normand, le projectionniste d’office cette journée-là, et d’aller lui jaser ça. On se met à parler de la première de ce soir, de Falardeau, et c’est là que je me rends compte que ce n’était pas la première fois qu’un de ses films étaient projetés en avant-première dans le petit cinéma vétuste dans lequel je travaille. Normand se met donc à fouiller dans l’un des tiroirs de son bureau de travail, et me montre une photo qui date de 2001. On y voyait Falardeau, qui était placé entre Normand et Jean-Marie, et les trois, tous sourires, portaient fièrement un chandail à l’effigie du film 15 février 1839. Rappelez-vous qu’à l’époque, Falardeau n’avait pas eu de financement fédéral, et qu’une minine partie du budget avait été bouclé grâce à la vente de chandails aux couleurs du film. J’insiste sur le minime.

Falardeau pour moi, c’était ça ; un gars qui était proche du monde ordinaire, et qui en avait rien à cirer des artifices que son métier pouvait engendrer. Un gars profondément humain, le gars direct comme sur la photo. Simple de même.

C’est sûr que je n’étais pas du tout d’accord avec ses prises de positions. Je trouvais qu’il était beaucoup trop manichéen, et criait parfois trop gratuitement sa haine. Reste qu’à mes yeux, Falardeau demeure un cinéaste sous-estimé, un gars rempli d’une profonde humanité et d’une belle sensibilité, bien camouflé sous des airs rêches et criards. Et je parie que mon chum Normand, qui a sûrement ressorti sa photo aujourd’hui, serait d’accord avec moi.

Je vous laisse avec la scène finale de mon film préféré de Falardeau, que vous pouvez regarder ici.

Salut à toi, mon grand tabarnak !

2 commentaires
  • Alexis
    26 septembre 2009

    J’ai peur que le moule duquel il était fait ait été brisé il y a un bon moment.

    Salut vieux criss !

  • Benoit
    28 septembre 2009

    Un homme profondément engagé jusq’au fond de ses tripes.

    Bon repos à ton âme survoltée

Dans le ventre du dragon

Jean-Nic Labrie

Parce que le ciné c'est aussi Marcel Leboeuf, Christophe Lambert, Jeff Goldblum et Yahoo Serious.

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