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Dans le ventre du dragon

Les sept jours du Talion : de scénariser Senécal doit cesser (AJOUT)

Jean-Nic Labrie
27 janvier 2010

sept_jours
Les sept jours du Talion : on adorera,
ou on détestera...

Chu allé voir le premier long de Daniel Grou (Podz). C’est comme ça qu’on le présente dans le générique.

C’est filmé beau. Et Podz, ce n’est pas Éric Tessier. Une chance !

Ya pas mal de prétentions artistiques dans ce film, le premier de Podz dois-je rappeler, qu’on tente désormais de nous faire passer pour un futur réalisateur avec ses inputs aux States. Depuis que le film a eu son spot à Sundance, il paraît que plusieurs portes se sont ouvertes à lui tellement le buzz serait bon. Honnêtement, je lui souhaite la carrière qu’il recherche, je ne suis pas tellement inquiet pour lui.

Cependant, je me questionne davantage sur le cas Senécal. Je n’ai pas encore vu 5150 Rue des Ormes, ça presse pas pantoute même, mais fuck, je me demande si le type, à défaut d’être un grand écrivain, a vraiment le talent pour transposer ses livres en scénarios. C’est quoi le problème bâtard ? Aurait-il le nez trop collé sur ses écrits ? Je ne sais pas.

Remarquez qu’à part Le Passager et Sur le seuil, j’ai rien lu d’autre de lui. Je dirais que Senécal, il écrit «cinéma» déjà en partant. Mais à mes yeux, ça restait des «Frissons» pour adultes quand même.

* * * * *

Son scénario pour le Talion est mince en maudit. Ses personnages, à part peut-être celui campé par Rémy Girard (qui est toujours bon partout ma foi), ont tous l’air fraîchement sortis d’une boîte pré-emballée direct de chez IKEA.

Câlisse on les connaît pas les personnages ! Comment voulez-vous qu’on s’accroche à leur cause ? Moi j’trouve ça plate comme constat.

Vous avez vu la bande-annonce ? J’prends la peine de vous résumer quand même le synopsis. Bruno Hamel (Flavien), chirurgien drummondvillois (mon patelin !), aspire à une vie paisible avec sa femme (Fanny Mallette, une fille super belle à mes yeux) et sa fille Jasmine, jusqu’au jour où cette dernière est kidnappée et violée par un esprit de trou du cul (Johnny Maldoror, juste et bon, même si étrangement relégué comme vulgaire faire-valoir). À partir de ce moment, Hamel décide que la justice est insuffisante pour lui et enlève le violeur le jour de son procès, grâce à un plan pas crédible pour 2 sous. Il envoie une note aux policiers en spécifiant qu’il va torturer le monstre pendant sept jours, qu’il l’exécutera et qu’ensuite, il se rendra aux policiers pour faire face à la justice.

* * * *

Bon, ça donne quoi comme film tout ce bazar ? J’ai tendance à penser que Daniel Grou (Podz) a soutiré le maximum du scénario qu’on lui a proposé ; il a visiblement travaillé fort pour installer une atmosphère froide et austère, en essayant d’aller directement fouiller dans les entrailles du personnage principal de Bruno Hamel.

Mais comme on ne les connaît pas ces maudits personnages-là, on a tout le temps l’impression de passer à côté de l’essentiel. Ça reste des questionnements scénaristiques élémentaires et bancals (la vengeance, l’auto-justice, la culpabilité), beaucoup trop effleurés à mon goût. Dans le genre, Mystic River reste évidemment le chef d’oeuvre ultime il va s’en dire.

Podz a fait sa job de réalisateur finalement, même si je n’approuve pas toujours ses velléités artistiques. Comme si il avait voulu by-passer un scénario mince en contenu, en y allant d’une signature visuelle surexposée pour vaquer un manque de substance. Peut-être que je suis trop cave et blasé pour avoir été véritablement touché aussi. Comme pour Polytechnique.

Mon grand chum Alexis, qui a vu le film aussi, y est allé de ce commentaire, en me parlant de son point de vue sur le film : «J’avais l’impression de voir un film d’Eli Roth, mais réalisé par Béla Tarr…»

Je te pique ta quote mon homme, parce qu’effectivement, tu ne pouvais pas si bien dire.

AJOUT : Après la première médiatique d’hier soir, j’ai cru bon ajouter cette critique (trop enthousiaste) de RueFrrontenac.com, et celle-ci, d’un Américain qui a vu le film à Sundance, qui se rapproche beaucoup plus de la réalité à mon avis.

7 commentaires
  • Philippe D
    27 janvier 2010

    moi, je pense que sénécal a de maudites bonnes idées. mais il a de la misère à les rendre en mots.

    il n’a pas de style quand il écrit du roman (ça reste des page-turner, faut pas confondre… c’est juste mal écrit).

    quant au job de scénariste, encore une fois, il porte encore la marque du « métier que tout le monde peut faire dans le fond ».

    triste.

  • Stephanie
    27 janvier 2010

    Quand j’ai vu la bande-annonce, je me suis dite que ça avait l’air d’une version québécoise plus lèchée et moins hardcore que Saw, mais je trouvais que le film avait du potentiel. J’aime bien Podz et Claude Legault (et la référence d’Eli Roth), mais là, vous me donnez moins le goût d’y aller. Faut dire que je déteste voir de la torture, même si c’est fictif. Ouach.

    Dites-moi quelle scène mérite d’être analysée visuellement et je metterai le son à off juste pour admirer le travail du réalisateur.

  • Alexe
    27 janvier 2010

    Man!
    Comment cracher dans la main qui t’a nourri! Tu vénérais ce type à une certaine époque, et maintenant, tu ne lui donnes plus aucun crédit.
    Des frissons pour adulte, come on, tu tombes pratiquement dans l’absurdité.
    Et que dire de cette superbe citation élitiste en fin de texte! C’est insoutenable!

    Ton propos manque de nuances, ce qui cache difficilement ta hargne..
    Pourquoi, d’ailleurs?

  • jean-nic
    27 janvier 2010

    @Alexe

    J’admire toujours Pat Senécal, je le respecte beaucoup, je n’ai pas de hargne contre ses livres ou lui personnellement, je ne fais que manifester ma déception envers les adaptations cinéma de ses books. Aussi efficaces soient-ils, les livres que j’ai lus m’auraient sûrement davantage plus adolescent qu’aujourd’hui.
    :)

  • Alexis en question
    27 janvier 2010

    J’ajouterais à ma citation: «J’avais l’impression de voir un film d’Eli Roth, mais réalisé par Béla Tarr…» « avec pas de bras et aveugle d’un oeil…»

    Le film aimerais correspondre aux esthétiques des films d’auteur du moment, mais cache difficilement la vacuité de son propos, digne d’un débat de 3ième secondaire de cours de morale. Le sujet en soi pourrait être intéressant. Une trilogie coréenne traite brutalement et avec originalité de la vengeance.

    Et parlant de son point de vue. Le film de Grou, pour moi, traverse la ligne de la représentation cinématographique responsable. C’est dégueulasse inutilement (les gros plans de bobettes souillées de la petite fille sont… criminels, une erreur flagrante de jugement à mon avis). Less is more.

    Je sais que le film sera aimé. Il est radical et violent. Il plaira à une minorité en soif d’émotions fortes et à l’estomac solide. Mais pour moi, il rate la possibilité de dire quelque chose de valable à propos de son époque. Le film de genre est souvent porteur de métaphores, de réflexions sur le monde dans lequel on vit. L’occasion est ratée et c’est bien dommage.
    Grou m’a dit que le viol et le meurtre sont mals, je le savais déjà.

  • jean-nic
    29 janvier 2010

    Le cinéma québécois ne cesse de me décevoir.

  • Monica
    5 février 2010

    Pourquoi ce film violent? J’aimerais que les Québécois cessent de faire des films vulgaires et violent, on est pas obligés de copier sur les Américains. On a pas besoin de voir ce film, ce film n’a aucune valeur artistique. A quand, des films plus légers et moins noirs? Est-ce que cela reflète notre société québécoise?

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Jean-Nic Labrie

Parce que le ciné c'est aussi Marcel Leboeuf, Christophe Lambert, Jeff Goldblum et Yahoo Serious.

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