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Dans le ventre du dragon

L’imaginaire de Xavier Dolan

Jean-Nic Labrie
23 juin 2010

Y’a pas à dire, Xavier Dolan ne laisse personne indifférent. Tout le monde a une opinion sur lui, sur son image et sur son cinéma. Le mec ne passe pas inaperçu, il possède une forte personnalité, il bouscule…

Il faut avouer qu’on n’a pas vu ça souvent par chez nous, une personnalité cinématographique qui suscite autant les passions. Sans oser le comparer à lui, le dernier qui me vient en tête, c’est Jean-Claude Lauzon, le mec derrière Un zoo la nuit et Léolo, à une époque où le cinéma québécois n’avait pas autant le vent dans les voiles. Rappelez-vous, Un zoo la nuit avait ramassé 13 prix Genie en 1988, en plus de se retrouver à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes la même année. Léolo s’était quant à lui faufilé en compétition officielle en 1992, en plus de représenter le Canada aux Oscars cette année-là.

Alors qu’il débutait tout juste à sortir de l’ombre, les sbires de notre cinéma disaient de Lauzon qu’il était l’un des réalisateurs les plus prometteurs de son temps, qu’il avait une vraie tête de cochon doublée d’une sensibilité hors-normes. Michel Coulombe, critique de cinéma pour Radio-Canada et ancien directeur-général des Rendez-Vous du cinéma québécois, y va de ces propos à son égard en 1997, suite au décès tragique du réalisateur dans L’ACCIDENT d’avion : «Avec ses images-choc, à la fois provocantes et soignées, la force d’évocation de ses histoires, son urgence de créer, son immense besoin d’être reconnu et ses propos provocateurs, Jean-Claude Lauzon incarne l’image de l’artiste rebelle, qui ne fait pas de concessions mais qui va au bout de son art».

Ça vous rappelle pas quelqu’un ça ?

* * * * *

Tout ça pour dire que je suis allé voir le deuxième film du Dolan, Les Amours imaginaires, dans une salle du Quartier Latin bondée de hipsters il y a deux semaines.

À la sortie du film, on était pas mal tous unanimes, le verdict de tous et chacun sonnait à peu près pareil.

«Correct, sans plus».

Sorte de film à sketches sur l’esthétisation du sentiment amoureux, Les Amours est un film coquet, assez Montreal’s branchouille, à la contradiction assez évidente ; il semble avoir été fait à la «va-vite» sans pour autant avoir l’impression d’avoir été botché.

Rappelons que Dolan, c’est avec Laurence Anyways qu’il voulait retourner à Cannes cette année. Le projet ayant pris du retard, Dolan n’a pas perdu de temps à se tourner les pouces et a pondu ce scénario tout simple (mais pas si simpliste), aux images léchées bien construites mais un peu vides, et aux acteurs étonnants (Dolan joue lui-même, Monia Chokri est bonne, Niels Schneider est nuancé).

Voilà, j’ai seulement hâte que le cinéma de Dolan soit à la hauteur de la hype qui l’entoure. Question de contredire un grand philosophe québécois du nom de E.Gratton (merci à Biz pour la ligne), je pense qu’il faut encourager un jeune homme comme lui, sans pour autant le porter aux nues trop rapidement.

Pour son prochain film, Dolan aura un budget d’environ 7 millions de dollars, c’est énorme pour le Québec. Et vous savez quoi ?

J’ai hâte en crisse de voir ça.

2 commentaires

Dans le ventre du dragon

Jean-Nic Labrie

Parce que le ciné c'est aussi Marcel Leboeuf, Christophe Lambert, Jeff Goldblum et Yahoo Serious.

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