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Dans le ventre du dragon

Piché entre ciel et terre : une belle surprise !

Jean-Nic Labrie
5 juillet 2010

Il faut avouer d’emblée que ce projet, à la base, était fort ambitieux : raconter la vie du commandant Robert Piché, c’est inévitablement parler de son exploit peu banal d’août 2001, son emprisonnement aux États-Unis dans les années 80, et son combat contre l’alcoolisme, qui l’a fait passer de héros à zéro à l’époque où le monde entier le vénérait.

Et dans les paramètres (inévitables) de production de notre cinématographie d’ici, réussir avec crédibilité un projet d’une telle envergure, sans que le résultat sente le sous-produit cheap, il faut avouer que c’est plutôt difficile. Le spectre du téléfilm n’étant jamais bien bien loin lorsqu’on se met à jouer à la grenouille qui se veut plus grosse que le boeuf, les pièges étaient finalement nombreux.

J’veux bien croire que le cheminement particulier de Robert Piché se porte bien à la cause cinématographique, encore faut-il avoir les moyens pour lui rendre justice à sa pleine valeur. Sinon, on fait de la télésérie, ce qui n’est pas plus mal soi-dit en passant.

* * * *

Avant même que le film ne se tourne, déjà, un écueil se dressait. Érik Canuel, notre Luc Besson (ou notre Tony Scott, à votre choix), celui qu’on avait choisi pour piloter le film (pardonnez-moi le jeu de mot poche), a décidé de quitter le bateau (bon j’arrête, promis), insatisfait du budget accordé pour le tournage du film. Il voulait entre 9 et 10M$, il en a eu 7.

7 millions, ne vous choquez pas personne, c’est effectivement très peu pour un film qui implique de nombreuses scènes en avion, des cascades, des simulateurs de vol, un tournage à l’étranger, et faut le souligner également, le salaire de l’acteur principal. Michel Côté ne travaille pas gratis quand même.

Et paraît aussi que le scénariste Ian Lauzon (De père en flic) a entièrement réécrit le scénario quelques semaines à peine avant le début du tournage l’été dernier, en fonction du nouveau budget.

En entrevue avec Rue Frontenac en février 2009, Canuel avait ceci de bon à dire, pour défendre ses velléités artistiques : «On a besoin d’un assez gros budget pour faire le film qu’on veut faire. On doit mettre en scène des écrasements d’avions et l’atterrissage héroïque du commandant Piché. C’est le genre de scènes qui coûtent cher et je ne veux surtout pas que ça ait l’air d’un «Movie of the week». Il faut que ce soit traité de la manière la plus cinématographique possible.»

Ceci dit, Canuel a foutu le camp pour laisser la place à Sylvain «Pour toujours les Canadiens» Archambault. Le gars a prouvé qu’il savait tourner de bonnes séries télé (je me suis acheté le coffret du Négociateur récemment, et je trippe !), mais si on se fit aux critiques de son premier long, ho là là…La barre est haute.

Bon, c’est bien beau les tractations en pré-prod, mais quand même, ce qui compte, c’est le résultat à l’écran. N’est-ce pas ?

Je suis allé voir le film en visionnement de presse, il y a déjà 2 semaines de cela, au Quartier Latin. Deux rangées en face de moi, ya l’intello du dimanche après-midi Sophie Durocher, et son compagnon de chambre Richard Martineau. Tout juste à côté de moi, ya un siège qui me sépare de Nathalie Petrowski. Sans compter les autres journalisses que je ne connais pas ; faut avouer qu’il y a toute sorte de monde qui réussit à rentrer dans ces visionnements-là. J’en suis d’ailleurs la preuve vivante.

Et alors ? C’est tu bon ou c’est tu pas bon c’t'affaire-là ?

Je dois avouer que je ne m’attendais pas à un film de la sorte. Pour vous dire la vérité, j’ai trippé ! Et le film, avec les contraintes expliquées plus haut, est franchement impressionnant.

Comme je suis incapable de vous résumer le film aussi bien que les gens de Cinoche.com, j’ai choisi de leur emprunter.

Le commandant Robert Piché, qui a piloté un avion en panne d’essence jusqu’à l’île de Terceira, aux Açores, doit faire face à son passé trouble lorsque les médias, au lendemain de son exploit, exposent son passé tumultueux dans les journaux. Incapable d’affronter la pression médiatique et d’accepter ses erreurs passées, Piché, considéré par de nombreux Québécois comme un héros, accepte de se soumettre à une thérapie dans une clinique de désintoxication. Aidé par un psychologue plutôt diplomate, le pilote de ligne parvient à assumer ses années en prison et ses déboires du passé de manière à envisager l’avenir avec sagesse et à faire preuve d’altruisme envers ceux qui ont vécu des épreuves semblables aux siennes.

Je serai bref. Entendons-nous sur le fait que ce n’est pas du cinéma d’auteur ici ; par contre, un divertissement estival ne rime cependant pas toujours avec médiocrité et facilité. Bien sûr le film n’est pas sans défauts : les scènes familiales sont parfois lourdes, le fougueux Maxime LeFlaguais semble avoir été plus ou moins bien dirigé, et les choix faits au montage pourront en agacer certains.

Quand même, allez-le voir. Ça en vaut la peine.

Le scénariste Ian Lauzon ne chômera probablement pas dans les prochains mois ; après De père en flic l’été dernier, voilà qu’il signe un deuxième hit en deux ans. Ken Scott a de la compétition.

Michel Côté, qui porte le film sur ses épaules, livre ici une grande performance. Quand même formidable de voir un tel acteur capable d’augmenter encore la qualité de son jeu comme il l’a fait ici. Quant à son fils Maxime, pas de doute qu’il est un beau talent, mais le segment dans lequel il apparaît (Piché entre 20 et 30 ans) sent un peu trop «le cinéma», dans le sens ou tout est un peu «trop».

Et je dois avouer que Sylvain Archambault a fait une belle job. Le film réussit à nous proposer une histoire crédible, dont les effets sont bien mesurés, avec un dernier tiers somme toute spectaculaire. C’est pas mêlant, Mme Petrowski et moi, on s’est regardés pendant la fameuse scène de l’atterrissage. Les deux on a fait «Ouf !». Et non, on n’a pas été prendre un café en sortant de la salle.

Tout ça est incarné, dosé, étudié, vivant…Sans déconner, pas facile d’entrer dans un projet comme celui-là en étant la roue de secours. Chapeau Sylvain.

Au final, Piché : entre ciel et terre, c’est 2-3 coches au-dessus de Bon cop Bad cop, en terme de cinéma à grand déploiement made in Québec. Dans une certaine mesure, c’est rassurant.

Je dis bravo !

En salles dès le mercredi 7 juillet 2010.

SOURCES : Rue Frontenac, Cinoche.com, Cyberpresse

Un commentaire
  • Charles-Henri
    8 juillet 2010

    Salut Jean-Nic,
    J’étais à la même projection de presse que toi semble-t-il. Oui le film d’Archambault est supérieur à ce qu’on a pu faire ici dans le genre. Ce qu’il y a de bien avec le manque d’argent, c’est que le personnage et l’aspect humain de l’histoire est mis de l’avant. Quand on n’a pas d’Argent on a des idées, et notre cinéma l’a encore démontré. Moi ce qui m’a le plus plu c’est l’inventivité dont les auteurs ont du faire preuve pour faire passer le vol plané à l’écran. Bien sûr on pourrait comparer (à tort) avec United 93 ou à Le prophète comme certains l’ont fait (si, si, je l’ai lu quelque part). Mais rien ne rapproche le film d’Archambault à ces deux exemples. Piché entre ciel et terre a une existence à lui seul. Et c’est à mon avis le meilleur de Michel Côté depuis des années lumières. Et sans oublier la très bonne composition de Normand d’Amour!
    À voir.
    Salut Jean-Nic
    Charles-Henri

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Parce que le ciné c'est aussi Marcel Leboeuf, Christophe Lambert, Jeff Goldblum et Yahoo Serious.

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