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Dans le ventre du dragon

Fantasia # 13 : dans le palmarès, [•REC]²

Jean-Nic Labrie
21 juillet 2010


[•REC]² : un délire total et jubilatoire, sans pour autant ressembler au premier film de la série.

MONTRÉAL – Tel qu’anticipé, ce 13e jour de festivités en aura été tout un. Du bon calibre en somme ; de quoi ravir les fans qui, faut bien l’admettre, auraient le droit d’être un brin déçus de la programmation 2010 jusqu’à maintenant.

Non seulement les deux films au programme hier soir au Théâtre Hall auront rempli leurs promesses, on pourrait même ajouter qu’ils auront laissé une forte impression aux festivaliers, et très important de préciser ici, aucunement pour les mêmes raisons. Faut le faire. Et s’il-vous-plaît, pas d’émeutes.

Soyons sérieux ce soir. Je redeviendrai cabotin quand j’aurai vu Cabotins.

Pis fuck, je le verrai pas Cabotins. Mais soyons sérieux quand même. Ça n’a jamais tué personne.

* * * * *

Ça a débuté avec La Meute donc, une curiosité française, premier long-métrage d’un petit nouveau venu de Belgique, Franck Richard, un artisan de la bédé. Le terme «curiosité» n’est certes pas trop fort ici, le film n’affichant pas complet malgré de gros canons du cinéma français (Émilie Dequenne, Yolande Moreau, Philippe Nahon et Benjamin Biolay, délaissant son micro pour une caméra de ciné). Il faut mentionner également que le film avait bénéficié d’une projection au dernier festival de Cannes, dans le volet «Hors-compétition».

En gros, le film s’articule autour de Charlotte (Dequenne, qui a tourné Les États-Unis d’Albert au Québec avec André Forcier), petite frappe qui prend la route vers nul part, et qui, en chemin, s’arrête pour prendre un auto-stoppeur ténébreux, Max (Biolay, très correct dans ce premier rôle).

Après la disparition de Max dans les toilettes d’un resto pourri, Charlotte se questionne, et se demande bien où il a pu se terrer. Mais ses investigations ne sont pas du goût de la Spack (Yolande Moreau, inquiétante à souhait), la tenancière de l’hôtel dans lequel le couple a passé la nuit. En effet, Max était son fils, qui semble avoir servi de repas à une drôle de meute. Alors que l’officier Chinaski (Nahon, candide, à des milles de Haute Tension) est missionné sur ces disparitions, le calvaire de Charlotte commence…

TRÈS SÛR : Bravo pour le travail fait sur les ambiances, réussies pour la plupart. Et même si Richard disposait d’un casting de qualité, il a bien dirigé ses acteurs, qui travaillent tous dans la même direction. Pas mal pour un premier long. Même si le scénario contient des brouettes de clichés, Richard réussit tout de même à garder notre attention. Loin d’être le film de l’année (beaucoup, beaucoup de trous dans le scénar), mais dispose d’un beau potentiel malgré tout.

PAS SÛR : Le montage, souvent raté. Le suspense est drôlement distillé. Il semble également manquer des scènes, et quand c’est le temps de rythmer tout ça, faut avouer que ça fait parfois défaut…

Mais pourquoi un [•REC]² ?

À 22h, c’était le deuxième chapitre d’un gros, gros hit à Fantasia en 2008, [•REC]². Ce genre de film dans une salle pleine de pelés et de tondus, inutile de dire que l’effet est multiplié par dix, l’efficacité de la fabrication de ses frissons étant décuplé. Pas pour rien que j’avais été le voir deux fois à l’époque.

Mais pour être bien honnête, avec un concept de base aussi fort, je me questionnais pas mal quant à la pertinence d’une suite, l’effet de nouveauté étant bien sûr disparu et grandement assimilé. Comme je suis du genre à donner la chance au coureur, j’ai plongé.

Entre les deux films, il s’est passé 15 minutes. 15 minutes depuis que les autorités ont perdu tout contact avec qui que ce soit à l’intérieur de l’immeuble, ce dernier ayant été mis en quarantaine. Personne ne sait exactement ce qu’il s’est passé à l’intérieur. A l’extérieur, c’est le chaos. Il est alors décidé de faire entrer une unité d’intervention spéciale à l’intérieur afin de contrôler la situation et d’en apprendre plus sur les évènements qui se sont déroulés. Pour ces militaires, la mission, à la base, paraît simple. Seulement, une fois entrés dans le bâtiment, la situation dégénère rapidement.

TRÈS SÛR : À ma grande surprise, j’ai beaucoup aimé ! On a réussi à éviter le piège de refaire le même film. Un délire total, avec un scénario à prendre au 2e degré, qui part cette fois-ci dans une multitude de directions diverses (sorcellerie entres autres). Une réalisation toujours aussi efficace, avec de nouvelles idées en ce qui concerne la subjectivité de la caméra. J’ai aimé parce que le film assume sa folie, au lieu de strictement vouloir faire peur. Le premier volet a servi à jeter les bases de la série (deux autres suites sont prévues !), les autres serviront l’imagination de ses créateurs, qui pousseront l’extravagance du concept à fond la caisse, j’en ai bien peur.

PAS SÛR : «The Blair Witch Project», «Cloverfield», «District 9» : tous des films qui ont bien réussi à intégrer le concept de «caméra intra-diégétique» à sa propre logique interne filmique et formelle, question d’augmenter l’effet de réalisme et d’en faire un tout cohérent, vis-à-vis le spectateur. En ce qui concerne «[•REC]²», alors là, pour ceux qui trouvent les films de James Bond invraisemblables, ne perdez pas votre temps, vous allez vous fâcher. Visiblement ici, on a fait le choix de garder que les bons côtés d’une telle entreprise ; le «résultat à l’écran», efficace certes, est incohérent, si l’on tient compte des paramètres logistiques d’une narration à même le personnage filmant ce qu’il voit. Cessons tout de même d’être rabat-joie ; ici la logique fout le camp, c’est pas plus grave, et le mot d’ordre ici est simple : assumer son délire !

En breffe

Petit retour sur deux autres films que j’ai vus dans les derniers jours :

THE DEVILS

En sortant de la salle, on dirait que je n’avais pas vraiment d’opinion. Faut dire que je ne m’attendais pas du tout ça, au fait de recevoir une leçon d’Histoire scabreuse sur fond de réalisation grandiose, aux airs de vieilles séries télé britannique des 70s. Ça m’a déstabilisé complètement, tout comme le son, très élevé. Le volume était dans le tapis. Bordel, j’avais les marteaux en sang. Mais en y réfléchissant bien, j’ai beaucoup aimé.

LEMMY

Visiblement plus un hommage à Lemmy Kilmister, leader de la formation-culte Motörhead, que du véritable cinéma documentaire à mon avis. Très sympa quand même. Un bon rockumentary.

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On reconnecte plus tard :)

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Jean-Nic Labrie

Parce que le ciné c'est aussi Marcel Leboeuf, Christophe Lambert, Jeff Goldblum et Yahoo Serious.

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