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Dans le ventre du dragon

Cassivi, Huard, Anik Jean…et Michael Douglas

Jean-Nic Labrie
5 août 2010

Décidément, cette petite guéguerre d’égos, une historiette d’été à saveur de chicane de colonie de vacances, prend une tournure pour le moins inattendue. Du vrai théâtre d’été, mais en plus pertinent.

Résumons les faits, vite vite. Après on pensera.

* * *

Le 27 juillet, Marc Cassivi sort ce texte. En gros, il dit :

-que Huard devra passer par une autre «filière» s’il veut un Oscar un jour.

-il pose cette question : «Pourquoi voit-on souvent les mêmes comédiens au cinéma québécois?», en faisant référence à Claude Legault, Guillaume Lemay-Thivierge, Paul Doucet, Michel Côté et Rémy Girard.

-que le cinéma québécois «s’hollywoodianise» dans sa mise en marché.

* * *

Le matin même, à l’émission C’est bien meilleur le matin sur les ondes de la Première Chaîne de Radio-Canada, Patrick Huard vient faire la promotion de sa Filière 13 en répondant aux questions de Franco Nuovo, qui lui demande de répliquer au texte de Cassivi. Huard dit :

-que Cassivi est un «p’tit joufflu pas télégénique» (Anik Jean, qui est présente en studio, s’esclaffe).

-que lorsqu’il fait ses castings, il s’efforce d’avoir une bonne balance entre acteurs chevronnés et nouveaux visages (il parle d’André Sauvé et Daniel Boucher).

-que ce n’est pas nouveau, le fait de voir les mêmes acteurs dans plusieurs films différents (il parle du Splendid en France, la gang derrière les Bronzés et Le Père Noël est une ordure).

-que le plus difficile dans ce film-là, ce sont les jours de tournage disponibles, et le budget total du film, pour faire face à la machine d’Hollywood (il compare son budget à celui des sandwichs sur le plateau d’Inception).

-qu’il faut aussi avoir des succès dans le cinéma québécois, pour que les budgets de nos films augmentent.

* * *

Le 31 juillet, Cassivi sort sa critique de Filìère 13. Il dit cette fois :

-qu’Huard est bon humoriste, bon acteur, mais qu’il n’est pas cinéaste.

-que Filière 13 est une désolante comédie policière.

-que le film a été réalisé «par un amateur sans autocritique qui ose en plus se plaindre sur toutes les tribunes du manque de moyens dont il a disposé» (Filière 13 a coûté 5,1 millions de dollars à produire).

-que le cinéma est un luxe au Québec, «qu’il n’est pas un passe-temps pour dilettantes, un joujou à partager avec ses proches».

-que la principale, sinon la seule qualité de Patrick Huard comme «cinéaste» est sa notoriété.

-que collectivement, «nous faisons le choix de financer de mauvais films génériques, des caprices de vedettes comme Filière 13».

* * *

Lundi soir, 2 août. Première médiatique de Filière 13 à l’Impérial. Quand Canoë demande à Anik Jean comment son conjoint Patrick Huard avait réagi lorsqu’il avait lu la virulente critique du chroniqueur Marc Cassivi publiée samedi dans le quotidien La Presse, elle dit ceci :

-«Dans la vie, il y a des junkies, des tueurs en série, des gens qui violent du monde, et des journalistes caves».

* * *

Le lendemain, mardi, Anik Jean s’excuse sur Twitter. Elle dit :

-«Lors d’une entrevue hier soir, mes paroles ont dépassé ma pensée. Je suis sincèrement désolée. Je tiens à m’excuser personnellement».

Fin des faits.

Comment réagissons-nous face à tout ce bazar hein ? Voici ce que j’en pense. De façon mécanique.

Cassivi a raison de critiquer la façon dont les deniers sont répartis à travers notre planète ciné. On a souvent tendance à oublier qu’au Québec, la tarte budgétaire n’augmente pas, mais qu’il y a de plus en plus de gens qui veulent une mordée. Ça fait des pointes de tarte plus petites, plus minces, qui laissent les cinéastes sur leur appétit.

Et il a tout aussi raison de dire que la notoriété d’Huard y est pour quelque chose dans l’octroi de ses projets au cinéma. On prend si peu de risques ici, qu’on essaye de jouer le plus safe possible. Pour limiter les dégâts ? Franchement ! Cassivi a encore raison en disant qu’aussi populaire soit-elle, la comédie d’Huard ne fera pas ses frais.

Nos films sont (et seront) déficitaires, en très très grande majorité. On l’a toujours su.

Voilà pour Cassivi. Cependant, Huard a aussi raison sur certains points.

À peine 25-30 jours de tournage pour un film, que ce soit «à grand déploiement» ou à compte d’auteur (dans les standards québécois, pas de panique), c’est bel et bien peu, c’en est même ridicule. Ça oblige les artisans à se défoncer corps et âmes aux films auxquels ils participent, sans toutefois en retirer tout le crédit qu’ils méritent.

Et je suis d’accord avec le fait que veut veut pas, ça prend des succès aux guichets, question de faire rouler la machine au maximum. Il ne faut pas oublier qu’il y a 20 ans à peine, les Québécois boudaient leur propre cinéma ; Hollywood possédait le monopole des salles obscures partout dans le monde, y compris ici. Il ne faut pas cracher sur le succès de notre cinématographie à l’heure actuelle, les gens se déplacent pour voir nos films et en somme, c’est une excellente nouvelle.

AU FINAL

Comme Yves-Christian Fournier, Jean-Marc Vallée, Pierre Falardeau ou Denys Arcand, si Patrick Huard veut faire des vues, il doit passer à travers un système archaïque et drôlement géré, qu’il faudrait repenser de fond en comble. Si le gars respecte la démarche à suivre, est-ce sa faute à lui s’il obtient l’argent qu’il a demandé ? Le gars a tous les droits de déposer un projet de film dans les règles, qu’il soit drôle, outrancier, grotesque ou soporifique.

D’ailleurs, on devrait mettre au courant les immigrants et les anglos que Jacob Tierney aimerait voir à l’écran, qu’ils peuvent faire des films eux aussi, mais comme les Fournier, Vallée, Falardeau, Arcand ou Huard, ils doivent soumettre leurs projets…

Cassivi critique le système, et il a raison de le faire. Nous devons trouver une façon pour que nos succès au box-office soient des films de meilleure qualité (Horloge Biologique par exemple).

Mais comme je persiste à dire depuis quelques années, faire du ciné au Québec, c’est un peu comme de la coke de bonne qualité ; malheureusement, nous ne sommes pas dans le bon pays pour en faire.

* * *

Ah oui, j’oubliais. Pourquoi Michael Douglas ?

Parce que cette semaine, j’ai écouté The Game, un film de 1997 réalisé par David Fincher, un film que j’adoooooore regarder, encore et encore. Douglas, je le trouve bon.

Et dans ce film, vraiment, je trouve qu’il est au top. Voilà, c’est dit.

2 commentaires
  • [...] This post was mentioned on Twitter by André Péloquin, BangBang. BangBang said: Cassivi, Huard, Anik Jean…et Michael Douglas: Jean-Nic Labrie, sur son blogue : Dans le ventre du dragon http://bit.ly/bPPtHK [...]

  • Dominic Marleau
    5 août 2010

    J’acquiesce en grande parties à vos pensées. Bravo.

    - Cassivi critique le système, et il a raison de le faire. Nous devons trouver une façon pour que nos succès au box-office soient des films de meilleure qualité (Horloge Biologique par exemple).

    Il pourrait critiquer plus tant qu’à moi. Pourquoi nommer des noms? Y’en a beaucoup d’autres.
    Nos succès au box-office n’existent pas, c’est de la frime médiatique. (50% du billet de cinéma va à la salle, propriété américaine. Donc, oui nos films seront encore sûrement tous déficitaires!

    Mais une culture cinématographique nationale, c’est ça dont il est toujours question.
    Maintenant oui, qu’est-ce l’on veux qu’il y ait dedans?
    De la qualité? La question me semble déjà subjective… Horloge Biologique, rien de mieux vraiment? Un peu pour tout les goûts?

Dans le ventre du dragon

Jean-Nic Labrie

Parce que le ciné c'est aussi Marcel Leboeuf, Christophe Lambert, Jeff Goldblum et Yahoo Serious.

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