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Dans le ventre du dragon

Black Swan : efficace, mais sans réelles surprises

Jean-Nic Labrie
17 décembre 2010

Quand je fréquentais le cégep de Drummondville, en 2000, le gros film à la mode, c’était Requiem for a dream. Quand on faisait des ti-films dans nos cours de ciné, les étudiants empruntaient sans vergogne la trame sonore de ce film, pour la placer sur leurs images «collégialement» étudiées.

Pas que je voulais faire différent, mais pour ma part, j’étais davantage fasciné par Kubrick que par Aronofsky, dans mes années de collège. J’avais aimé Requiem, ce film me laisse un souvenir somme toute agréable ; mais de là à lui vouer un culte, faudrait quand même pas exagérer.

Cela dit, je n’ai pas vu The Fountain et The Wrestler, même si il s’est dit beaucoup de bien sur ce dernier. Vous me connaissez, je suis un cinéphile au parcours atypique, je ne me garroche plus comme je me suis déjà garroché. Je me garroche différemment disons. Mais je dois admettre que ce Aronofsky, je l’ai à l’oeil.

Il m’intéresse. Pour ça que j’avais hâte à ce Black Swan. Même s’il paraît que son remake de RoboCop, ça ne se fera plus.

* * * *

Je vous transcris le résumé du film, que j’emprunte à Cinoche.com. Chu paresseux de même. Et Cinoche, c’est un site fort respectable.

À New York, la danseuse Nina Sayers est enthousiasmée de se voir offrir le rôle principal du ballet «Le lac des cygnes» que prépare le metteur en scène Thomas Leroy. Mais Nina, jeune fille trop sage qui demeure avec sa mère et qui subit sa forte influence, est incapable de saisir l’essence du Cygne noir qu’elle doit incarner sur scène.

Thomas essaie de lui faire découvrir sa sexualité afin qu’elle puisse séduire en dansant. C’est en se rapprochant de Lily, une nouvelle danseuse de la troupe, que Nina tente de s’imprégner du personnage. Mais elle subit du même coup de terrifiantes hallucinations, alors que d’étranges transformations affectent aussi son corps.

* * * *

Le buzz est pas mal bon autour de ce cygne noir. Quelques critiques se sont emballés (Manon Dumais, du Voir, semble avoir trippé). Même la boîte Médiafilm, pourtant sérieuse, y est allé d’une cote «2».

Un «2» chez Médiafilm, ça veut dire ceci :

C’est la plus haute distinction qu’un film puisse obtenir à chaud. Elle signifie que le film présente des qualités artistiques exceptionnelles, fait preuve d’innovation ou d’une grande maîtrise du langage cinématographique, et possède un supplément d’âme qui le rend universel et intemporel. En outre, ces films ont marqué les cinématographies de leurs pays respectifs, où ils servent de modèles et de repères.

Parmi les films récents cotés «2», on compte :

* Brokeback Mountain d’Ang Lee
* Cité de Dieu de Fernando Meirelles
* Nobody Knows d’Hirokazu Kore-eda
* Saraband d’Ingmar Bergman

Chu content de voir que Barry Lyndon, de Kubrick, est coté «2».

* * * *

Ok. Pour finir, ce que j’en ai pensé.

C’est pas mal efficace, dans l’ensemble. Le film réussit à installer un climat malsain. C’est bien filmé. La finale est prenante, captivante même. Mais de là à lui donner une cote de «2» ? Ou alors, 4 étoiles et demi ? Quand même pas.

«3» au gros gros maximum. 3 étoiles et demi ailleurs. 7 sur 10, si je me fie au barème de Claude Rajotte.

Comprenez-moi bien ; c’est un bon film. C’est efficace, j’avais les mains moites à la fin.

Mais ça reste tout de même une (autre) variation sur un thème connu, et mise à part le milieu du ballet classique comme toile de fond, ce n’est rien qu’on a jamais vu ; je regardais le film, et j’y voyais une galerie de personnages que j’avais déjà croisés auparavant : Catherine Deneuve dans Repulsion, Patrick Bateman dans American Psycho, Tim Robbins dans Jacob’s Ladder, Jack Torrance dans The Shining, Anakin Skywalker dans Star Wars, Jeremy Irons dans Dead Ringers, Isabelle Huppert dans La Pianiste

La liste est quand même longue, non ?

Des humains qui se mettent à déraper, qui se battent contre cette angoisse, ce côté obscur qui les rongent à petit feu. Une folie qui s’installe peu à peu, qui les placent devant une dualité malsaine. Une histoire qui est vécue à travers les yeux du personnage principal, une folie qui se transcende à l’écran, qui mélange le vrai et le faux. Quelqu’un qui est déconnecté. Vulgairement, c’est à peu près ça.

Du déjà vu ? Oui.

Le thème du double est trop appuyé ; par les (trop) nombreux jeux de miroirs d’abord. Et par le manque de subtilité ensuite : la pure Portman d’un blanc immaculé, la tigresse Kunis tatouée de noir…

En résumé, je vois dans ce film, par l’entremise du ballet (une pilule «grand public» ? J’y crois), une sorte d’introduction au genre ; autrement dit, les amateurs, sans s’y emmerder totalement, réussiront à y trouver leur compte, même s’ils auront l’impression d’avoir déjà vu ce film-là à maintes reprises. Perso, c’est le feeling que j’avais. Déjà que j’ai des croûtes à manger dans ce domaine…

Mes tantes, elles, risquent de sortir de la salle en disant «Ouain, c’est beau, mais c’est pas mal spécial, ce film-là…».

Allez-y. C’est un bon film, j’ai passé un bon moment. Aronofsky est un réalisateur très intéressant.

Faut quand même pas exagérer, tout de même ; c’est Nowell après tout…

Sources : Cinoche.com, Médiafilm

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Dans le ventre du dragon

Jean-Nic Labrie

Parce que le ciné c'est aussi Marcel Leboeuf, Christophe Lambert, Jeff Goldblum et Yahoo Serious.

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