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Dans le ventre du dragon

13e soirée des Jutra : cette année, on envoie le bon message

Jean-Nic Labrie
9 février 2011


«Piché : entre ciel et terre» est en lice pour un seul trophée, celui du meilleur scénario.

Difficile entreprise que celle-ci, vouloir établir tout le panorama ciné du Québec en 2010 sans (immanquablement) faire de la peine à quiconque. C’est la loi des galas et des remises de prix en tout genres ; d’un côté, ceux qui gagnent et qui sont contents, de l’autre, ceux qui chialent, qui perdent, qui boudent. On s’en sort pas.

Il faut quand même être sérieux dans ce type de démarche. Tu veux donner des prix ? Parfait. Arrangeons-nous pour les donner à ceux qui les méritent vraiment, quitte à nager à contre-courant, à déplaire au nombre. Et quand je regarde la liste des nominations cette année, je me dis que le comité des prix Jutra envoie le bon message.

Si on se fit uniquement à la catégorie la plus prestigieuse de la soirée, celle du Jutra remis au meilleur film, alors là, je me dois de lever mon chapeau. Visiblement, on a fait le pari de choisir la qualité : Les Amours imaginaires, Curling, Incendies, 10 ½ et Les signes vitaux. Maintenant, devinez qui va gagner.

Malgré le fait qu’il fut le film le plus populaire de l’année, on a résisté à l’envie de mettre Piché dans le tableau, et c’est tant mieux. Mis à part Incendies, qui récolte en ce moment un beau succès populaire, on parle ici de films d’auteurs, qui n’ont pas nécessairement fait courir les foules lorsqu’ils étaient présentés en salles (surtout les films de Denis Côté et Sophie Deraspe, qui ont été vu par une poignée de spectateurs). Des films qui ont fait rayonné le Québec à l’étranger, planche de salut pour ce type de cinéma, étant donné la petitesse de notre marché.

Ça revient à ce que j’ai toujours clamé : le cinéma québécois à vocation populaire doit s’améliorer, devenir meilleur. J’avais beaucoup aimé Piché, un peu envers et contre tous d’ailleurs. On en parlera une autre fois, c’est un autre débat.

Des intrus

Des incongruités, il y en a parmi les finalistes cette année. Il y en a toujours eu, il y en aura toujours.

À commencer par la nomination de Mélissa Désormeaux-Poulin dans la catégorie de la Meilleure actrice, pour son rôle dans Incendies. Aussi bonne soit-elle, elle n’a quand même pas d’affaire là, son rôle était trop mineur. Et sa nomination enlève du crédit à Lubna Aazabal, fabuleuse actrice principale du film à Villeneuve.

On aurait pu faire une place à Catherine Martin (Trois temps après la mort d’Anna), ou à Robin Aubert (À l’origine d’un cri), au détriment du film à Dolan par exemple, plutôt moyen, disons-le. Une chance qu’on n’a pas emboîté le pas aux Oscars. Cinq films nommés pour le prix ultime, c’est en masse.

Kim Nguyen, meilleur réalisation, vraiment ? Je n’ai pas vu sa Cité, mais je me demande si on n’est pas tombé dans le piège des belles images et du désert tunisien. Impressionnant certes, mais a-t-il sa place dans cette catégorie ? Décidément, ce film me rend curieux.

Me semble que le ti-cul Robert Naylor, l’enfant trouble de 10 ½, aurait dû recevoir une nomination aussi. Mais bon.

Reste à voir quel genre d’accueil télévisuel cette remise de prix aura, au niveau des cotes d’écoute ; l’envers de la médaille dans un cas comme celui-ci, bien réel, pourrait être simplifié de la sorte : «Personne n’a vu les films en nomination ? Personne ne regarde la remise de prix». Y croyez-vous ? Les Jutra peinent à faire le plein d’auditoire, à chaque année. Il faut dire que le volet «populaire» a été bien récupéré par le comité, Cabotins (et sa distribution haut perché remplies de vedettes québécoises aimées par le public) a réussi à récolter 5 nominations.

À suivre le 13 mars prochain, sur les ondes de Radio-Canada.

Meilleur film
10 ½
Les amours imaginaires
Curling
Incendies
Les signes vitaux

Meilleure réalisation
Denis Côté- Curling
Xavier Dolan- Les amours imaginaires
Kim Nguyen – La cité
Podz(Daniel Grou) – 10 ½
Denis Villeneuve- Incendies

Meilleure actrice
Lubna Azabal – Incendies
Suzanne Clément – Tromper le silence
Mélissa Desormeaux-Poulin – Incendies
Évelyne Rompré- 2 fois une femme
Guylaine Tremblay- Trois temps après la mort d’Anna

Meilleur acteur
Jay Baruchel – The Trotsky
Emmanuel Bilodeau – Curling
Jacques Godin – La dernière fugue
Claude Legault – 10 ½
François Papineau – Route 132

Meilleure actrice de soutien
Dorothée Berryman – Cabotins
Marie Brassard – Les signes vitaux
Geneviève Chartrand – Le journal d’Aurélie Laflamme
Isabelle Miquelon – La dernière fugue
Danielle Proulx – Reste avec moi

Meilleur acteur de soutien
Martin Dubreuil – Les 7 jours du talion
Yves Jacques – La dernière fugue
Jean Lapointe – À l’origine d’un cri
Alexis Martin – Route 132
Gérard Poirier – Reste avec moi

Meilleur scénario
Robin Aubert – À l’origine d’un cri
Michael Konyves – Barney’s Version
Claude Lalonde – 10 ½
Ian Lauzon – Piché : Entre ciel et terre
Denis Villeneuve et Valérie Beaugrand-Champagne – Incendies

Meilleure direction de la photographie
Nicolas Bolduc - La cité
Bernard Couture – Les 7 jours du talion
Michel La Veaux – Trois temps après la mort d’Anna
Claudine Sauvé – Tromper le silence
André Turpin – Incendies

Meilleure direction artistique
Andre-Line Beauparlant – Incendies
Dominique Desrochers – Cabotins
Claude Paré – Barney’s Version
Michel Proulx – L’enfant prodige
Patrice Vermette – La cité

Meilleur son
Martin Desmarais, Luc Mandeville, Dominique Delgust – Cabotins
Simon Poudrette, Christian Rivest, Stephane Bergeron, Isabelle Lussier – Filière 13
Sylvain Bellemare, Jean Umansky, Jean-Pierre Laforce – Incendies
Michel Lecoufle, Pierre-Jules Audet, Luc Boudrias – Les 7 jours du talion
Patrick Rousseau, Louis Gignac – Oscar et la dame rose

Meilleur montage
Michel Arcand – La dernière fugue
Carina Baccanale – À l’origine d’un cri
Monique Dartonne – Incendies
Xavier Dolan – Les amours imaginaires
Valérie Héroux – Les 7 jours du talion

Meilleure musique
Guy Bélanger, Benoît Charest – Route 132
Michel Cusson – Reste avec moi
Philippe Heritier – La cité
Julien Knafo – Lucidité passagère
Martin Leon – Le journal d’Aurélie Laflamme

Meilleurs costumes
Carmen Alie - Cabotins
Mariane Carter – La cité
Francesca Chamberland – L’enfant prodige
Sophie Lefebvre – Incendies
Julie-Anne tremblay – Le journal d’Aurélie Laflamme

Meilleur documentaire
La belle visite – Jean-François Caissy
Le coeur d’Auschwitz – Carl Leblanc
Pierre Falardeau – Carmen Garcia et German Gutierrez
Les porteurs d’espoir – Fernand Dansereau
Vous n’aimez pas la vérité : 4 jours à Guantanamo – Luc Côté et Patricio Henriquez

Meilleur court / moyen métrage
Felix et malou – Sophie Dupuis
Mokhtar – Halima Ouardiri
M’ouvrir – Albéric Aurteneche
Sophie Lavoie – Anne Émond
Vapor – Kaveh Nabatian

Meilleur film d’animation
Higglety pigglety pop ou la vie a surement plus à offrir – Chris Lavis, Maciek Szczerbowski
La fête – Malcolm Sutherland
Les journaux de Lipsett – Theodore Ushev
Mamori – Karl Lemieux
Un vortex dans face – Joel Vaudreuil

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Parce que le ciné c'est aussi Marcel Leboeuf, Christophe Lambert, Jeff Goldblum et Yahoo Serious.

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