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Dans le ventre du dragon

Je suis allé voir Gerry…

Jean-Nic Labrie
20 juin 2011

Quand j’ai su qu’on allait porter la vie de Gerry Boulet à l’écran, j’étais content. Vraiment. Comme plusieurs jeunes ti-culs de ma génération, Gerry Boulet, ce sont nos mères qui l’écoutaient en boucle ; dans le char avec la cassette, dans la cuisine à la maison, le radio branché sur Rock-Détente. La musique de Gerry aura marqué notre jeunesse, immanquablement.

Ma mère trippait sur Gerry. Elle avait même la biographie de Mario Roy, dont Nathalie Petrowski s’est grandement inspiré pour écrire le scénario du film. Dans mes souvenirs, la page-couverture était mauve et jaune.

Gerry est mort à l’été 1990. C’était l’été de mes 9 ans, et au moment de sa mort, j’étais dans le trou du Roché Percé, avec mon père, 2 de mes oncles, et mes cousins. Mon père avait glissé sur les roches de la petite trail pour se rendre à la fameuse cavité. Ma mère n’était pas là, probablement chez elle, je ne sais pas. J’aurais aimé voir sa réaction lorsqu’elle a appris son décès.

C’est un peu grâce à ma mère que je me suis trouvé une véritable passion pour le rock fait ici, que j’ai créé mon bagage rock qui me suivra jusqu’à la toute fin. Offenbach, Pag, Marjo, c’est elle qui m’a amené vers eux. Pour les autres, Corbeau, Lucien Francoeur et Aut’Chose, Capitaine Nô, Plume, Stephen Faulkner, Danger…j’ai fait moi-même mes propres devoirs. Ils me passionnent tous encore aujourd’hui.

Bref, tout ça pour dire que je suis un excellent client pour ce genre de film.

* * * *

Quand j’ai su que c’était Mario St-Amand qui avait été choisi, je trouvais que c’était un excellent choix. Honnêtement, je ne l’avais pas vu depuis A.Z. Lemay-Thivierge avait été pressenti, je suis sûr qu’il aurait fait une bonne job, c’est tout de même plus qu’un acteur physique quand on lui donne la chance. Mais là, on parle dans le vide ; on le connaîtra jamais, son Gerry.

Lorsque les premières photos de Mario avec la perruque sont sorties, tout le monde capotait. «On dirait Gerry ostie !», qu’on pouvait entendre çà et là. La tension a monté d’un cran ; je commençais vraiment à avoir hâte de quoi aurait l’air ce film-là. En attendant, je me faisais jouer les quelques 33 tours d’Offenbach que j’ai chez moi.

*En passant, c’est celle-là, ma meilleure*

Le premier teaser me comble. Ciboire que Mario y ressemble. Quelques semaines plus tard, je vois la bande-annonce, en salles, mais je ne me rappelle plus le film que j’étais allé voir. Et là, je ne suis pas content. Je déchante, même. Trop suggestive, trop de détails. J’avais l’impression de voir une table des matières, séquences fortes à l’appui en guise de chapitres. Fini, la surprise.

Je me disais que j’avais déjà vu le film avant même l’avoir vu…Et que Gerry, en somme, allait être une sorte de biographie filmée, sans risques. Comme dans le genre qu’on prend la bio, on garde les moments forts, et on met ça en images.

Tabarnac, que je me suis dit.

* * * *

La promo battait son plein. Je ne lisais rien. Je ne voulais rien spoiler, ne pas influencer mon jugement. Mais bon, difficile de rester 100% étanche ; j’ai vu qu’Harel a fait une sortie dans les médias, en disant que «ça ne s’est pas passé comme ça». Évidemment. C’est un film, un film sur Gerry Boulet. Pas un documentaire de l’ONF sur Offenbach.

Les premières critiques sortent. «Pas un grand film, mais un bon film». «Classique, sans réel point de vue». «Trop anecdotique». «St-Amand ne joue pas Gerry, il EST Gerry». Blabla.

J’ai donc mis la barre assez basse. De même, chu sûr de ne pas être déçu. Ne restait plus qu’à être surpris.

* * * *

Peut-être que j’étais dans un mood particulier, que ma garde était trop baissée. Que mes attentes étaient réellement très basses. Ou c’était alors un alignement de planètes plutôt improbable.

Mais fuck, j’ai beaucoup, beaucoup aimé le film. Du début jusqu’à la fin. J’ai eu un vrai fun noir, un plaisir véritable.

D’abord parce que j’avais l’impression, enfin, de pouvoir jouer dans le carré de sable de mes rêves ; j’ai déjà dit un moment donné d’avoir l’opportunité de faire un voyage dans le passé, j’aimerais retourner en 1975 à Montréal, quelque chose comme ça. Le film me donnait l’impression d’y être, sans condition. Un peu comme C.R.A.Z.Y. Je pouvais y toucher, y goûter, le sentir, l’entendre (la trame sonore sonne comme une tonnedebrick, ya du grain partout !). Moi, les jeans pattes d’éléphant, j’aime ça !

J’ai aussi été très ému par la proposition du duo Alain DesRochers / Nathalie Petrowski. Je suis sorti de la salle avec le motton pogné dans la gorge, et je me suis rendu compte que Gerry Boulet, je l’aimais, même plus que je le pensais. J’étais bouleversé. Faisait longtemps, très longtemps que je ne m’étais pas senti comme ça en sortant d’un film.

St-Amand y est pour quelque chose. J’espère maintenant qu’il ne gâchera pas son come-back.

Bon, c’est clair qu’on parle d’un drame biographique très classique. On est loin de Gainsbourg, Dylan, Piaf, dont leurs films ont rehaussé les standards de la biographie filmée. C’est clair que les artisans n’ont pas voulu s’aventurer dans les mêmes eaux que Dédé à travers les brumes, un biopic inventif qui s’était approprié totalement l’hommagé, jusqu’en transposant de façon ludique l’univers créatif de Dédé Fortin. C’est évidemment aussi un film imparfait à plusieurs égards : l’histoire de Gerry a été romancée, et le dernier tiers est un peu trop long.

Mais c’est la façon dont cette histoire m’a été racontée qui est venu me chercher direct dans le plexus. Pour un tas de raisons, très personnelles, que je ne partagerai pas avec vous ici. M’a me garder une tite gêne, tiens.

Un film simple, du vrai bonheur.

Je dis bravo !

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Dans le ventre du dragon

Jean-Nic Labrie

Parce que le ciné c'est aussi Marcel Leboeuf, Christophe Lambert, Jeff Goldblum et Yahoo Serious.

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