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Dans le ventre du dragon

Fantasia 2011 : «Kill Me Please», où l’art de moderniser le suicide assisté

Jean-Nic Labrie
24 juillet 2011

Premier film dans lequel je me suis trempé l’orteil cette année, à Fantasia. J’avais le goût de commencer mon festival en force, j’avais du retard à rattraper. J’ai donc fait «All in» sur ce film belge (à noter que je ne connais rien au poker).

Déjà sur papier, le menu est alléchant : Benoît Peolvoorde, un acteur immense, fait partie de la distribution. Le reste du casting n’est pas en reste non plus : Aurélien Recoing (génial dans L’Emploi du temps), Bouli Lanners (vu chez Jeunet, Van Dormael et Dupontel), Saul Rubinek (acteur canadien international et papa de Jay Baruchel dans The Trotsky).

Tourné en noir et blanc, en hiver. Je suis toujours partant. Et en fouillant davantage, on retrouve le nom de Vincent Tavier parmi le groupe de producteurs, un mec qui avait co-scénarisé C’est arrivé près de chez vous en 1992, en plus d’y interpréter le gars du son. Il a également produit le délicieux Calvaire de 2004, et le génial Panique au village dont j’avais fait l’éloge ici.

Olias Barco, le réalisateur, je le connaissais seulement avec Snowboarder, un film de planches plutôt ordinaire. Qui m’avait laissé assez froid. Un détail, finalement, faut quand même pas toujours jeter le bébé avec l’eau du bain ; Steve Miner a bien réalisé Forever Young après tout…

La table était donc mise, j’avais donc hâte de déguster le plat. J’espérais seulement que ça ne goûte pas trop Moulinsart.

* * * *

Sans dire que je suis tombé en bas de ma chaise, j’ai apprécié la proposition qu’on m’a faite. Une bonne comédie noire, satisfaisante dans son ensemble.

Le docteur Kruger (Recoing) dirige une clinique médicale spécialisée dans le suicide assisté. Recluse dans un petit village belge en plein cœur des montagnes, elle a reçu l’aval du gouvernement pour développer une expertise humaniste servant à dédramatiser le côté tragique du suicide «auto-décidé», dans une ambiance des plus champêtres. On est loin de la clinique privée froide et désincarnée. On se croirait plutôt dans un bed & breakfast de Morin Heights.

Tour à tour, des patients de tout acabit prennent place dans le bureau du docteur, et racontent le mal de vivre qui justifie l’intervention de la clinique. Un important acteur de théâtre (Peolvoorde), un homme d’affaires de l’Alberta (Rubinek), un amateur de paintball (Virgile Bramly, co-scénariste du film), et une panoplie d’autres personnages iconoclastes se partagent les murs de l’endroit.

Lorsque la décision est prise et coulée dans le béton, chacun a le droit de voir exercer un dernier souhait : repas gastronomique, vin d’excellence et autres plaisirs de la chair. Kruger cherche à rendre la mort des autres plus douce. Mais dans la montagne isolée où il a décidé de bâtir son idéal de la mort houssinée, quelque chose vient lui rappeler que personne ne contrôle la pulsion de mort…C’est que la fameuse clinique ne semble pas faire l’unanimité dans la région…

Les quarante premières minutes du film sont vraiment intéressantes. Le ton, sans être lourd, baigne dans une atmosphère délicieusement noire et comique. La mise en scène joue bien ses cartes, guidant pas à pas le spectateur dans chacun des tableaux propres à la psyché des différents personnages. On se demande (positivement) où tout ça s’en va, avec grand intérêt bien sûr. Le climat est étrange, singulier, très intriguant.

Par contre, mon plaisir s’est émoussé dans la dernière moitié du film. Après avoir bien installé ses bases, tout fout le camp à la mi-course, prenant un virage quasi-drastique grandiloquent, assumant ainsi totalement la comédie. Ça pète de partout, on est ailleurs. Comme si un deuxième film était apparu. La rupture de ton est franche, sans appel.

Non pas que ce choix scénaristique n’est pas cohérent, entendons-nous bien ; le clash reste saisissant. Et un tantinet décevant avouons-le, car un peu trop facile, vu l’étonnant prologue. Pourquoi ne pas avoir assumé sa critique sociale jusqu’au bout ? Mystère.

Reste au final une comédie noire efficace, aux effets bien mesurés, mais qui n’assume peut-être pas son parti pris initial, soit une réelle réflexion critique sur fond de comédie noire, sur ce fameux débat qu’est le suicide assisté.

KILL ME PLEASE : mardi 26 juillet à 17h10, Salle J.A De Sève

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Jean-Nic Labrie

Parce que le ciné c'est aussi Marcel Leboeuf, Christophe Lambert, Jeff Goldblum et Yahoo Serious.

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