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Dans le ventre du dragon

Fantasia 2011 : Kidnapped (un film pas bon)

Jean-Nic Labrie
2 août 2011

Je ne m’attendais pas à la fin du monde quand j’ai sélectionné ce film de genre espagnol. Et c’est exactement ce que j’ai eu : un sous-produit mince comme le scénario de Lance et compte, un exercice de style insignifiant sans aucune profondeur.

Je n’étais pas le seul à trouver le film raté ; on était quelques dizaines à maugréer à l’extérieur après la projection. Normal, vu l’immense bêtise de la proposition.

Le penchant festivalier américain dont Fantasia est l’antichambre, le Fantastic Fest de Austin, au Texas, avait couronné ce thriller claustrophobique artificiel et idiot l’an dernier. Et pas avec n’importe quels prix, madame Thibodeau : Prix du meilleur film (long métrage d’horreur), et celui du Meilleur réalisateur (long métrage d’horreur). Va falloir que ces gens-là me l’expliquent, parce que je ne la comprends pas, celle-là. À moins que je n’ai pas saisi le deuxième degré ?

Ça doit être ça, j’ai mes moments dans la vie où je file particulièrement niaiseux.

Alors, ça raconte quoi, cette daube ? Une famille aisée (papa-maman-fille de 18 ans) déménage dans une nouvelle maison, dans un quartier cossu et tranquille. La journée même de leur déménagement, alors que l’épouse prépare un bon repas pour fêter la chose, que papa sort de sa douche et que l’enfant écoute sa musique dans sa chambre, trois pas fins cagoulés et tout de noir vêtus font irruption dans la piaule, et décident de séquestrer nos amis. Ils font mal à papa en lui donnant un coup de poing sur le nez, et mettent des guénilles sales dans la bouche des filles pour ne plus qu’elles crient.

Que veulent-ils ? Qui sont-ils ? À part le fait qu’ils sont des pas fins, on ne connaît pas grand-chose d’eux. Comme papa, maman et l’enfant, d’ailleurs.

* * * *

Reprenons notre sérieux ; Kidnapped, ce n’est qu’un banal exercice de style. Et rien d’autre.

Avec un sujet aussi archi-usé que celui-ci (invasion de domicile et séquestration), fallait mettre l’emphase sur d’autres précepts, d’autres idées, question de faire différent. Visiblement, le scénariste et réalisateur Miguel Angél Vivas, bien connu des adeptes de Fantasia grâce à son court-métrage I’ll see you in my dreams (présenté dans la section Small Gauge Trauma il y a quelques années), a fait le pari de choisir la facilité.

Le mec a mis l’emphase sur l’emballage. Le contenant avant le contenu. Et le gars se croit, il se prend très au sérieux, on sent que le mec désirait très fort nous mettre sous tension. Tsssss.

Je le concède, sa mise en scène fait parfois preuve d’ingéniosité et de savoir-faire. Reste que c’est souvent trop rare. Et franchement, des split-screens et une caméra Gravol, on a déjà vu ça dans les films d’horreur.

Les personnages ? Accessoires. Relégués au second plan. Car c’est l’implantation d’ambiances qui compte avant tout, c’est le choix que ces gens-là ont fait.

Ils sont tous idiots. Autant les méchants que les pas méchants, on n’a qu’un seul souhait : qu’ils meurent, tous !

Zéro consistance des deux bords, méchants comme gentille famille. Me semble que dans ce genre de contexte, c’est primordial non, de construire des personnages crédibles, question que l’on puisse se rallier à leur cause ? Pour apprendre à les connaître un peu, le réalisateur nous offre à peine quelques scènes dans le prologue, à la mords-moi l’nœud, et puis c’est tout. Des scènes sans aucune saveur, du déjà-vu, du prétexte. Mince, mince.

Le scénar ? Tout aussi mince, voyons ! Bâclé, cliché, ridicule, prétexte à la fabrication de scènes parfois gores (rappelez-vous Irréversible…), et de scènes de tension.

On se ramasse avec quoi, au final ? Un sous-produit. Un Funny Games de pacotille. On est à des dettes américaines de l’humour noir grinçant, de la critique sociale acerbe, du scénario post-moderne déconstruisant les codes du cinéma d’horreur, et de la réalisation implacable du maître Haneke.

On se retrouve avec pas grand-chose, finalement…

2 commentaires
  • Claudia Boutin
    3 août 2011

    Ouch ! j’ai rien manqué.

  • Eric Dumais
    10 août 2011

    Salut Jean-Nic! Ouch, tu y étais toi aussi? J’ai failli me lever à 30 reprises avant de me dire que, non, peut-être, oui, ça devrait s’améliorer, que, finalement, c’était peut-être pas si mal. Non mais, quelle fin de m***** en plus!

Dans le ventre du dragon

Jean-Nic Labrie

Parce que le ciné c'est aussi Marcel Leboeuf, Christophe Lambert, Jeff Goldblum et Yahoo Serious.

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