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Dans le ventre du dragon

FNC 2011 – Réussir avec brio à humaniser un mythe avec «The ballad of Genesis and Lady Jaye»

Jean-Nic Labrie
16 octobre 2011

Probablement l’un des personnages les plus fascinants de la scène artistique d’avant-garde, à la fois provocant, subversif, intelligent et prolifique, ça prenait des couilles grosses comme ça pour s’attaquer au mythe Genesis P-Orridge. Rendre justice de manière cohérente à cet univers si particulier, par le biais du documentaire cinéma, voilà donc une entreprise à haut risque pour laquelle la cinéaste française Marie Losier a sacrifié 7 ans de sa vie.

«Je suis allé voir Alan Vega (chanteur de Suicide) en spectacle à New York, et en quittant la salle, j’ai marché sur le pied de quelqu’un, sans faire exprès...», raconte la menue Losier, dans le Q&A après la projection de son film, dans une salle du Quartier Latin à moitié pleine.

Devinez à qui appartenait le pied en question ?

Après avoir bavardé durant quelques minutes, les deux femmes s’échangent leurs cartes d’affaires, dans le but de garder contact. Losier raconte par la suite «avoir été choisie» par Genesis elle-même pour filmer sa vie quelques jours à peine après s’être rencontrées ; que c’était elle, «la bonne personne». Il faut avouer que Genesis a eu du flair, si l’on se fie au résultat final, une oeuvre documentaire d’une qualité remarquable. Ça devait prendre une femme pour réussir à arracher autant de sensibilité à ce personnage flamboyant, à côté de qui Lady Gaga passe pour une nonne cloîtrée.

Tourné principalement à l’aide d’une Bolex 16 mm à la façon d’un film de famille, The Ballad of Genesis and Lady Jaye retrace l’histoire hors du commun de l’artiste et icône de la scène industrielle des années 70-80, et de sa femme et partenaire artistique Lady Jaye Breyer P-Orridge, qui, par amour, ont décidé tous deux de se fondre en une seule entité, une nouvelle forme humaine qu’ils ont appelé pandrogynie. Une performance artistique teintée d’un amour immensément profond, les deux amants ayant acceptés de subir diverses opérations de chirurgie esthétique dans le but de ressembler le plus possible à l’autre.

Avec un sujet aussi casse-gueule, Losier aurait pu se planter big time, le spectre du freak show pur et simple planait sans vergogne au-dessus d’un tel projet. De grâce, la réalisatrice a su éviter cet écueil. Elle a plutôt réussi à offrir un portrait sensible, cohérent, très respectueux de l’oeuvre de P-Orridge, et autant la toile de fond que le contenu principal est digne de mention : le noeud principal du film, l’histoire d’amour entre Genesis et Lady Jaye, est bel et bien palpable. À travers le compte-rendu de leurs personnalités complexes, d’une bulle créatrice exploratoire dans laquelle aucun tabou ne semble être réfuté, dans un univers particulier où les sujets déviants expérimentaux sont développés sans pudeur (occultisme, perversité, performances crues, etc.), il faut avouer que c’est très touchant de les voir s’aimer de la sorte. Simplement, mais à leur façon.

Au niveau de la forme, il faut lever notre chapeau encore une fois à la cinéaste, qui a su profiter au maximum de la générosité du personnage, elle qui a pu fouiller dans toutes sortes de documents d’archives divers pour monter son film, en plus des 7 années passées à la suivre partout. Comme si Genesis et elle avaient «fusionnées», encore une fois. Genesis se donne toute entière à la caméra, sans aucun complexe.

Losier a su créer un langage cinématographique très pertinent, qui rend justice à l’univers singulier de la colorée performeuse : on entre carrément dans la tête, le coeur et la bulle de P-Orridge. Plusieurs supports divers (super 8, 16 MM, vidéo HD, vidéo S-VHS), narration non-linéaire (éléments biographiques, saynètes délirantes et sketchs mis en scène de façon ludique, psychédélisme et humour), montage cru et nerveux, travail au niveau de l’ambiance sonore…On ne dénature rien, en plus d’avoir été capable de nous faire voir le personnage sur une panoplie d’angles nouveaux. Une réalisation maîtrisée qui fait appel à tous les sens. Bravo !

Émouvant, humain, sans pour autant sombrer dans le portrait mielleux à deux balles, The Ballad of Genesis and Lady Jaye est assurément l’un des meilleurs documentaires que j’ai eu la chance de voir dans les dernières années. Déjà que j’étais un fan de P-Orridge, maintenant, je suis devenu un inconditionnel.

Saturday Killer

Quelques lignes sur cette comédie thaïlandaise, qui a clôturée ma soirée, toujours au Quartier Latin.

Je ne m’épivarderai pas inutilement. J’ai trouvé ce film nul. J’ai failli foutre le camp en plein milieu de la projection (certains l’ont fait, d’ailleurs.) J’aurais dû les suivre…

Une comédie stupide au scénario idiot, voilà ce qu’est ce Saturday Killer. Le problème est pourtant simple ; on n’y croit pas une seule seconde. À ce personnage lourdaud tueur à gages aux multiples perruques, qui a davantage l’air d’un bouffon qu’un tueur. Et à cette prétendue bien-aimée, qui elle aussi, est faite de carton-pâte.

J’ai tu perdu mon temps moé ? Ça ressemble à ça…

@JeanNicLabrie

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Dans le ventre du dragon

Jean-Nic Labrie

Parce que le ciné c'est aussi Marcel Leboeuf, Christophe Lambert, Jeff Goldblum et Yahoo Serious.

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