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Dans le ventre du dragon

FNC 2011 – Ne pas trop savoir où l’on s’en va, avec «Sleeping Beauty»

Jean-Nic Labrie
18 octobre 2011

À ne point douter, voici un film somme toute énigmatique. Troublant et déstabilisant. Mais peut-être pas nécessairement pour les bonnes raisons.

C’est que voyez-vous, je ne suis pas certain d’avoir compris grand-chose, après ma sortie du film dimanche soir. J’étais pas mal mêlé, disons. Et je suis prêt à parier que je n’étais pas le seul, la superbe salle du de l’Impérial étant remplie à craquer pour cette projection attendue.

Quoiqu’il se peut que j’étais le seul.

Pour ce premier long-métrage, l’écrivaine australienne Julia Leigh a même eu droit au mentorat de la grande Jane Campion tout au long de la production, celle-là même qui a reçu la Palme d’Or à Cannes en 1993 (seule réalisatrice à ce jour à avoir remporté cette récompense). Et Sleeping Beauty a ouvert la compétition du festival sur la Croisette cette année. Les critiques en France étaient mitigées ; malgré tout, le buzz est bon. J’avais donc hâte de le voir.

À mi-chemin entre le fantasme érotique baroque et la chronique intello sur la filiation sexuelle et fétichiste, le film s’articule autour du personnage de Lucy, une jeune étudiante désinvolte et culottée, qui accumule les jobines pour se faire un peu d’argent.

Elle finit par tomber sur une petite annonce particulière, et elle réussit à se faire embaucher par Clara, distinguée proxénète qui exploite un bordel chic entouré de forêts, dont les clients, usés par l’âge mais les poches encore très profondes, se réunissent, picolent, et concrétisent leurs lubies.

Lucy impressionne Clara, et celle-ci lui fait part d’un nouveau rôle, mieux rémunéré, mais tout de même passif ; avant de rencontrer un client, elle se laisse endormir par un sédatif mélangé au café, ce qui fait en sorte qu’elle ne gardera aucun souvenir de ses contacts nocturnes. Seul consigne : jamais le client ne pourra la pénétrer.

* * *

Je suis d’accord avec les (inévitables) comparaisons et étiquettes d’usage. Si ça peut vous faire plaisir, c’est vrai que ça fait penser à Catherine Breillat et Luis Buñuel. Disons qu’on a déjà vu pire comme références.

C’est une première œuvre qui ne manque pas d’audace. On est dans le cinéma d’auteur avec un grand A ici, factuellement parlant : atmosphère clinique, rythme lent, cadres étudiés, et un scénario très précis, laissant de grands espaces au spectateur pour boucher lui-même les trous laissés vacants par un récit à tiroirs relativement complexe.

La nouvelle réalisatrice exploite plusieurs thèmes divers : la disparition de la sexualité chez les hommes mûrs, la cupidité et l’appât du gain facile, l’insouciance de la jeunesse, manipulation, soumission, humiliation…Un regard féminin sur ces thématiques précises suscite l’intérêt.

Tout ça est bien beau, mais ce n’était toujours pas très clair. On se demande souvent où la cinéaste se dirige avec tout ça. On reste toujours articulé autour du point de vue de Lucy, et on n’arrive pas à saisir les motivations des autres personnages qui gravitent autour d’elle. C’est concentré uniquement sur elle. J’aurais aimé en savoir plus sur Clara, genre.

Un contre-poids de ces messieurs libidineux aurait été intéressant, par exemple.

Et Julia Leigh a fait le pari de mettre en scène son scénario de manière très élégante et picturale, comme si elle voulait sublimer cette grande insouciance qui habite le personnage interprété par Emily Browning (c’est elle qui jouait dans les Orphelins Baudelaire !).

J’avoue que je ne sais pas. Même 48h après avoir vu le film, je suis encore perplexe. Comme la majorité de la salle cette soirée-là, qui a applaudi ultra-timidement une fois le générique déroulé.

Ennuyant 3D Sex and Zen

Cette production asiatique a battu tous les records aux guichets à Hong Kong cette année, écrasant même le costaud Avatar en terme de box-office et de premier week-end. Même les mamies sont sorties le voir, c’était leur sortie coquine de l’année, il paraît.

Je ne m’attendais à rien du tout, pour dire vrai. J’y suis allé parce qu’on vendait le film comme étant «le premier véritable film de cul en 3D», selon le programme du festival. Les adeptes de Peter North (il vient d’Halifax en passant) et de Nina Hartley seront déçus ; on parle davantage d’un soft porn de luxe au léger parfum de fleur d’oranger, au mieux un Bleu Nuit à la sauce soya faible en sel, qui réussit néanmoins à décrocher un sourire ici et là. Rien de plus.

J’ai quitté avant la fin car j’en avais marre d’entendre ces Japonaises (il paraît qu’aucune actrice chinoise n’a été assez game de s’y dévêtir) gémir comme des red teens.

À noter que le 3-D était efficace, mais perso, je considère ce truc comme un gadget tape à l’œil, sans rien de plus. Tant pis.

@JeanNicLabrie

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Dans le ventre du dragon

Jean-Nic Labrie

Parce que le ciné c'est aussi Marcel Leboeuf, Christophe Lambert, Jeff Goldblum et Yahoo Serious.

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