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Dans le ventre du dragon

FNC 2011 – Je me fous du monde entier, et «Notre jour viendra»

Jean-Nic Labrie
19 octobre 2011

Fils de vous savez qui, Romain Gavras est un enfant de la balle qui n’a décidément pas froid aux yeux, ni peur de brasser la cage de ses contemporains. Il a signé les clips controversés Stress du duo français Justice et Born Free de la papesse electro M.I.A, deux documents qui ont réussi à enflammer les biens pensants par ses images-choc et sa violence subversive.

Après s’être fait la main avec plusieurs courts-métrages, il délaisse le clip pour passer aux choses sérieuses. Le mec de 30 ans s’essaye maintenant au long-métrage avec un premier essai au titre très évocateur et fort en gueule, Notre jour viendra, sorti sur les écrans français l’an dernier. D’ailleurs, le film fut un bide chez nos cousins.

Produit par la star Vincent Cassel (qui est même descendu de sa chaise pour occuper l’un des deux rôles principaux), voici un objet filmique qui s’inscrit en toute logique dans l’œuvre actuelle de fiston (je parle de ses clips, car je n’ai jamais vu ses courts-métrages). À la lumière de ses travaux récents, on était donc en droit de s’attendre à un film destroy et dérangeant. C’est en plein ce que la salle (pleine) de l’Impérial a reçu hier soir.

Ce film coup-de-poing s’articule autour du destin de deux personnages relativement marginaux ; Patrick (Cassel), un psychanalyste dans la quarantaine, blasé, qui trouve le moyen de manger des croustilles nature pendant qu’une femme pleure sa vie dans son cabinet. Rémy (Olivier Barthélémy, qui ressemble comme deux gouttes d’eau à David Desharnais) est un jeune homme mal dans sa peau, véritable souffre-douleur de son entourage immédiat, amoureux d’une copine virtuelle rencontrée grâce à un jeu de rôle sur internet.

Un soir alors qu’il rentre du boulot, Patrick passe devant la maison familiale de Rémy, encerclée par une voiture de police et une ambulance. C’est que Rémy vient de frapper sa mère, castrante à souhait. Interpelé par ce qu’il voit, Patrick demande à Rémy d’embarquer avec lui, destination nul part, et le professionnel se voit tout à coup investi d’une mission ; plus jamais on ne rira de Rémy…

* * *

Patrick et Rémy n’ont ni peuple, ni pays, ni armée : ils sont roux. Ensemble, ils vont combattre le monde et sa morale, dans une quête hallucinée vers l’Irlande et la liberté…

Cette maxime radicale un brin absurde est en fait le leitmotiv (auto-proclamé) de ce road-movie décalé à l’humour noir très prononcé, porté par un nihilisme et un cynisme assumés sans pour autant être emblématique ni pamphlétaire. Vrai que le film possède de fortes scènes qui encouragent le défoulement, mais on parle davantage ici d’une quête identitaire sans mode d’emploi qu’un banal outil réactionnaire.

Pris dans un dédale malsain dont les concepts (ambigüité sexuelle, racisme, lois qui prennent le bord) ont été bâti sans concession par ce duo amour-haine, on les suit jusqu’à la fin de leur parcours initiatique, chaotique et interchangeable, dans lequel le psy finit par perdre la carte, laissant le petit anxieux prendre les décisions. Et vice versa. Les deux se supportent, se transforment, et renaissent, le but ultime étant de vouloir s’affirmer dans une nouvelle réalité basée sur l’exportation de leurs pulsions destructrices latentes. À la vie, à la mort.

Un peu comme un fantasme, finalement.

Junior sait quoi faire avec un kodak dans les mains, ça c’est clair. Sa mise en scène est dynamique, signée de sa patte. Il sait comment créer le malaise. Malgré qu’il cherche à créer l’étouffement, ses images respirent, comme un parfum de liberté inconditionnelle.

Cependant, malgré que le film nous fasse passer un bon moment, impossible de ne pas y trouver un semblant d’immaturité dans son propos. D’ailleurs, pourquoi des roux ? Même Gavras, présent lors de la projection, n’a pas su réellement justifier ce choix, y allant plutôt d’une réponse pour le moins évasive. Le même genre de réponses qu’il avait données quand on lui avait demandé pourquoi ses clips vidéo étaient si violents.

Le type a une signature bien à lui, ce qui est déjà remarquable. Laissons-lui le temps de mariner sa plume, question que son langage scénaristique soit aussi fort que ses images.

@JeanNicLabrie

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Dans le ventre du dragon

Jean-Nic Labrie

Parce que le ciné c'est aussi Marcel Leboeuf, Christophe Lambert, Jeff Goldblum et Yahoo Serious.

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